‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 127 sur 347 · CHAPITRE Xlt · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlt

Scala. Au milieu de l’Italie soulevée, le césar, que Dante appelait à l’empire du monde, mourut à temps en 1313, victime des suites de la mal' aria , ou , s’il en faut croire les Allemands, du poison que lui aurait administré un dominicain dans une hostie.

.nattco Visconti et Hugues de la Faggluola (1113-lSKt).

Tandis que Louis de Bavière et Frédéric d’Autriche se disputaient la succession de Henri VU et qu’une vacance de deux ans suivait la mort de Clément V, Robert de Naples reprit ses projets de domination, mais avec moins do succès. Pise , menacée par lui dans la Toscane, en punition de tout ce qu’elle avait fait pour Henri VII, trouva un défenseur dans Hugues de la Faggiuola, riche et puissant seigneur de la Romagpe. Celui-ci banni de Gènes où il avait été podestat, se faisait partout le défenseur des nobles chassés par les riches bourgeois des villes. Nommé seigneur de Pise, il ramena les gibelins dans Lucques et battit l’aîné des fils du roi Robert, chef des troupes guelfes de Toscane, près de Montecatini (1315). Dans la Lombardie, Matteo Visconti, regardé avec raison comme le chef des gibelins, décoré par les Italiens du nôm de Grand , soutenu par quatre fils, braves et habiles comme lui, battit Hugues des Baux et le dauphin de Viennois, mis par Robert à la tête des guelfes de cette contrée. La noblesse militaire se maintenait généralement mieux dans la Lombardie, et les riches bourgeoisies dans la Toscane.

Mais l’ambition et l’égoïsme commençaient à se faire jour dans ces luttes où la liberté seule avait autrefois fait battre les cœurs. Hugues de la Faggiuola n’avait délivré Lucques et Pise de Robert de Naples que pour chercher à les asservir lui-même. Ce premier essai de despotisme ne réussit point en Toscane. Les Lucquois chassèrent le fils de Hugues, qui avait emprisonné Castruccio Castracani , un de leurs concitoyens; Faggiuola sortit de Pise pour secourir son fils; mais les Pisans lui fermèrent leurs portes, trouvant qu’il était trop fcher de payer leur salut de leur liberté. Dans la Lombardie au contraire Matteo Visconti profita de ses succès pour s’em-

parer de Pavie, Tortone, Alexandrie, et commencer à faire de sa seigneurie un État véritable. Seigneur de Milan depuis la mort de l'archevêque son oncle qui y avait déjà exercé • le pouvoir temporel , il fut le véritable fondateur de la fortune de sa maison. Chassé un instant par les Torriani, il acheva de ruiner cette famille guelfe qui fut bannie à perpétuité; et dès lors commandant à Milan par l’archevêque son neveu, à Pavie, à Plaisance, à Alexandrie, à Tortone par ses quatre fds, lui-même investi du vicariat impérial de la Lombardie, il domina dans toute la'vallée moyenne du Pô. Près de lui, Cane délia Scala, son ami et son protégé , tout-puissant dans la marche de Vérone, se serait emparé de même des deux villes de Crémone et de Padoue, si la première ne s’était donnée à Jacques Cavalcabo et la seconde à Jacques de Carrare , seigneurs guelfes ; comme pour prouver qu’épuisées par leurs discordes, les républiques n'avaient plus que le choix de leurs maîtres.

Le pape Jean XXII; Cane le Grand et Cantruceio Cantracaul (1310-1311).

Le pape Jean XXII, sorti enfin, en 1316, de la difficile élection du conclave, abandonna les errements de son prédécesseur et retourna à l’alliance de Robert de Naples et du parti guelfe pour faire aussi sa part à la domination pontificale au milieu de ces échecs successifs de la liberté. Les papes avaient renoncé à l’héritage de l’apôtre dans la ville éternelle, mais non à la donation de Constantin et de Charlemagne. Dépouillés des petites villes du duché de Rome et de la Romagne, par l’énergique noblesse de ce pays, ils virent bientôt qu’ils ne pouvaient y rentrer qu’en appuyant les bourgeoisies. Jean XXII le comprit le premier, et employa à recouvrer les États de l’Église les sommes énormes ' que le saint-siège amassait à Avignon.

Homme ambitieux, théologien pédant qui se fit accuser d’hérésie et ne se corrigea jamais du péché d’avarice , il se prétendit héritier des droits de l’empire pendant la vacance oü la guerre des deux compétiteurs. 11 déclara Robert de Naples vicaire impérial en Italie, et excommunia Matteo

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