‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 128 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Visconti, qui ne voulait point renoncer à ce titre qu’il tenait de Henri VII. Le seigneur du Milanais, pour toute réponse, vint mettre le siège devant la ville de Gènes, alors au pouvoir de la faction guelfe , afin d’y ramener les Doria et les • Spinola (1318). C’en était fait des espérances du pape et du roi de Naples au nord de la péninsule si Gènes aussi était rendue aux gibelins par l’intervention des Visconti. Robert, à la tête de vingt-cinq vaisseaux, se jeta dans la ville, et les guelfes génois, comme tous les autres Italiens, préférant la victoire de la faction à la liberté de la patrie, le nommèrent seigneur de Gènes pour dix ans.

Les destinées des factions se débattirent pendant dix mois à ce siège mémorable. Toute l’Italie prit parti , et les nombreux États en rapports de commerce avec cette ville puissante. Pise, le roi de Sicile, Frédéric, le marquis de Montferrat, l’empereur de Constantinople lui-même envoyèrent des renforts aux assiégeants ; les Florentins et les Bolonais au roi Robert. Les montagnes, les vallées des deux rivières et les flots du golfe de Lion furent les théâtres de maints combats qui eurent leur contre-coup même dans les colonies génoises de la Grèce et du Levant. Visconti et les gibelins, rappelés d’ailleurs par les hostilités des guelfes de Brescia, se lassèrent cependant les premiers et levèrent le siège.

Jean XXII, encouragé par ce succès, envoya un légat, Bertrand du Poiet, et un prince français, Philippe de Valois, fils de Charles de Valois, déjà mêlé aux afïàires italiennes, pour reprendre l’offensive. Visconti enferma Philippe entre le Pô et le Tessin et força le futur roi de France à signer un traité honteux. Le légat excommunia encore une fois Matteo, avec ses quatre fils et les villes qui lui obéissaient; il n’en tint d’abord aucun compte. Mais poursuivi ensuite par des craintes superstitieuses, errant d’église en église, il rendit bientôt l’espoir à Jean XXII en transmettant, de son vivant, son autorité à son fils Galéas, afin de mourir en paix avec l’Église (1322). Moins habile et moins respecté que son père, chassé même un instant de Milan par une Sédition, Galéas ne put empêcher le légat du Poiet de s’em-

parer de Tortone, d’Alexandrie, de Parme, de Plaisance, de Reggio, d’une partie de la Lombardie.

A défaut du seigneur de Milan, le drapeau gibelin fut cependant tenu en Lombardie et en Toscane par Castruccio Castracani et Cane délia Scala.

Celui-ci, le plus généreux des chefs gibelins, qui recueillait dans sa cour Dante et Hugues de la Faggiuola, avait été mis jusque-là dans l’ombre par Matteo Visconti. 11 prit alors le premier rang. Petit-fils de ce Martino délia Scala qui avait recueilli l’héritage sanglant des Romano dans la marche de Frioul, maître de Vérone, Vicence, Trévise, il en avait la puissance. Il laissa Bertrand du Poïet s’étendre dans la Lombardie , où il ne voyait peut-être pas d’un mauvais œil l’affaiblissement de Galéas; mais il arrêta le légat dans la Romagne, de concert avec le marquis Azzo d’Este, rétabli • dansFerrare en 1317 par les gibelins et devenu depuis ce jour gibelin dévoué, malgré son origine. Les Bolonais, qui jouaient à peu près dans la Romagne le rôle de Florence dans la Toscane, furent appelés au secours du légat; mais ils furent complètement battus parles deux seigneurs réunis, àMonteveglio, quoiqu’ils fussent commandés par Malatestino de Rimini. L’heureux seigneur de Vérone y gagna le surnom de Grand, qui avait appartenu à Matteo Visconti. Tandis que Galéas Visconti luttait avec peine contre ses frères, tous les nobles gibelins se tournèrent vers ce nouveau chef (1324).

Dans la Toscane, Castruccio Castracani, pour la délivrance duquel les Lucquois s’étaient révoltés contre Hugues de la Faggiuola, avait appris dans de nombreuses aventures à travers l’Europe à connaître les hommes et les choses.

U mit son expérience au service de son ambition. Chargé du gouvernement de la ville de Lueques, il ne chercha d’abord, comme celui dont il avait pris la place, qu’à soumettre à son autorité les villes gibelines de la Toscane , sous prétexte de les mieux défendre. Deux fois il attaqua Pise, espérant profiter tantôt de la guerre civile qui sévissait dans ses murs , tantôt de la trahison du juge d’Arborée , qui livrait au roi d’Aragon , Jayme II , l’entrée de la Sardaigne et causait le massacre de tous les Pisans qui n’eurent pas le temps de se

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