CHAPITRE XII
réfugier dans les lieux fortifiés. Mais les Pisans ne paraissaient disposés à sacrifier leur liberté ni à la cause gibeline, ni aux intérêts de leur commerce; ils oublièrent leurs querelles pour ne songer qu’à leur bien le plus précieux, et négligèrent même de défendre la Sardaigne, qu’ils devaient bientôt céder (1326) au roi d’Aragon, pour repousser Castruccio. Menacé' même dans Lucques, le seigneur gibelin pourvut à sa sûreté, en bâtissant un château flanqué de vingtneuf tourelles.
Instruit par ces échecs, le tyran de Lucques tourna ses entreprises contre les villes guelfes de la Toscane, espérant plus de la reconnaissance des gibelins s’il battait d’abord leurs ennemis. Après avoir acheté Pistoie d’un petit seigneur qui l’avait volée à un abbé, il attaqua la république de Flo- * rence par levai de Nievole et le val d’Arno inférieur ; lui prit plusieurs châteaux , et la pressa si bien que les Florentins , en 1325, prirent pour capitaine un certain Raymond de Cardone, Catalan introduit par Bertrand du Poïet en Italie. Cet homme de guerre, qui ne voyait dans le métier des armes qu’une occasion de gain, sous prétexte de mener les Florentins à l’ennemi, les fit passer pendant les chaleurs de l’été par les marais de llientina, afin de leur délivrer à bon compte un plus grand nombre de congés. Castruccio Castracani n’eut pas grand’peine à battre près d’Alto Poscio cette armée décimée par la désertion ; il s’empara même du carroccio florentin, et vint par bravade célébrer une course jusque sous les murs de Florence (1327).
I/empereur Loul« «le Bavhére et le chevalier Jean de Bohème (ISIM33SJ.
Castruccio Castracani, dont Machiavel a cru plus tard devoir célébrer l’habileté, ne recueillit cependant pas de cette victoire les fruits qu’il en attendait. A bout de moyens, il appela l’empereur Louis de Bavière, vainqueur de son compétiteur en Allemagne. Dans la Lombardie on invoquait aussi l’empereur contre Bertrand du Poïet qui y faisait chaque jour de nouveaux progrès. Louis annonça son ar-
captivité de babylonb, TYRANNIES et RÉPUBLIQUES. 251
rivée; et on vit renaître comme une vieille guerre du sacerdoce et de l’empire.
Les villes guelfes, en effet, se mirent sous la protection du pape et du roi de Naples. La ville de Bologne se donna au légat du pape, Bertrand du Poiet. Florence, si jalouse de légalité démocratique, Florence qui venait, en 1323, de remettre presque entièrement au sort le renouvellement si fréquent de ses magistrats civils, confia pour dix ans la seigneurie de la ville à Charles de Calabre, fils du roi de Naples Robert qui mourut, il est vrai, au bout de deux ans.
Arrivé en Italie en 1327, l’empereur Louis de Bavière parut agir comme il fallait pour dégoûter à jamais les Italiens , guelfes et gibelins même de toute intervention impériale. Couronné solennellement à Milan , en présence de Galéas Visconti, d’Obizzo, marquis d’Este, de Cane délia Scala de Guido d’Arlati, évêque d'Arezzo, des ambassadeurs de Castruccio , de Frédéric de Sicile, des Pisans, le césar tudesque montra bientôt qu il n était venu que poui lever en Italie les tributs qu’il ne trouvait pas en Allemagne.
11 fit saisir Galéas Visconti, comme coupable d’avoir trahi la cause des gibelins; il s’empara de ses forteresses, de ses troupes, et le fit jeter dans les fours de Monza , affreuses prisons que celui-ci avait fait bâtir lui-même et où l’on ne pouvait se tenir ni debout ni couche. La constitution de Milan fut changée ; le nouveau gouverneur impérial remercia Louis en faisant payer à la ville une contribution de cinquante mille écus. Cane délia Scala imposa seul quelque respect à l’empereur, et profita de sa présence pour s’emparer de Padoue sur les Carrare.
En Toscane , sur le conseil de Castruccio Castracani , qu’il fit duc de Lucques et de la Lunigiane, l’empereur fit saisir les envoyés de Pise qui venaient lui remettre une somme considérable, sans vouloir cependant sacrifier son indépendance; il assiégea cette ville, fidèle par excellence, * qui s’était ruinée pour les césars transalpins, y mit garnison, en octroya la seigneurie à sa propre femme, et lui imposa une contribution de guerre de cent cinquante mille florins. A Rome (1328), reçu par les Colonna, il se ven-