‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 130 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

gea des excommunications portées contre lui par Jean XXII en le déposant comme un hérétique, et se fit couronner par un antipape avec l’appui de Castruccio, qui, nommé sénateur de Rome et comte palatin de Saint-Jean de Latran, porta devant lui pendant la cérémonie l’épée impériale, ill voulait marcher de là sur le royaume de Naples pour châtier le roi Robert , qui avait traversé tous ses projets. Mais l’éloignement de son plus fidèle appui, Castruccio, rappelé en Toscane par les Florentins, qui avaient repris Pistoie ; puis la mort de celui-ci, à la suite des fatigues qu’il essuya pour reconquérir cette ville, le mirent dans l’impossibilité de pousser plus avant. Insulté par les soldats de Robert jusque dans Ostle, hué par le peuple de Rome, il finit son expédition comme il l’avait commencée , par des actes de rapacité et d’ingratitude.

Le seigneur de Yiterbe, qui lui avait ouvert les États de l’Église, fut mis à la torture, sur son ordre, pourtlui avoir caché ses trésors. Dans la Toscane, il vendit Lucques à François Castracani, parent et ennemi des fils de Castruccio, qui se trouvaient réduits au métier de chefs de bandes ; il laissa, comme monument de son passage, une troupe allemande qui, ne pouvant obtenir d’être payée par l’empereur, se cantonna sur le mont Ceruglio, entre Lucques et Pise, et y vécut de brigandage. Aussi, dans la Lombardie, Ar-o Yisconti, rentré dans Milan après la mort de Galéas, moitié par force, moitié par capitulation, ferma les portes de la ville à un empereur devenu odieux à tous, fit la paix avec le pape, dont il accepta le titre de vicaire pontifical, et inquiéta Louis jusqu’à Trente, d’où celui-ci repassa honteusement en Allemagne (1329).

La conduite de Jean XXII et de Louis de Bavière n’acheva pas seulement la ruine du sacerdoce et de l’empire , elle démoralisa complètement la péninsule; et dans des luttes où tout s’affaissa , les marchés substitués aux combats, les victoires de l'argent remplaçant celles de l’héroïsme , montrèrent suffisamment de quelles hauteurs on était descendu.

Après la retraite de l’empereur Louis de Bavière , Florence, qui commençait à avoir plus de confiance dans l’or

que dans le fer, acheta le beau val de Nievole, d'où Castruccio lui avait causé tant d’inquiétude. Pise revenue , et pour cause, de sa fidélité à l’empire, chassa de ses murs la garnison impériale en la payant grassement. Un Visconti s’empara sur Castracani, avec les Allemands du Ceruglio, de Lucques, qu’il vendit, il est vrai, à un gibelin de Gènes, Spinola. A Mantoue, Louis de Gonzague pour venger une injure personnelle fit passer la seigneurie de la ville, des gibelins aux guelfes, en s’en emparant sur Passerino Bonacossi, et commença ainsi la fortune de sa maison. Dans la Romagne, le légat Bertrand du Poïet, déjà maître de Bologne et de quelques villes, ne cacha plus le projet de se faire une principauté dans les Étals de l’Église ; et il y eût réussi sans le plus riche citoyen de l’Italie , le Bolonais Taddéo de Pépoli, qui contre-balançait par ses richesses le caractère du légat et s’apprêtait à acheter sa patrie.

Si l’Italie, après avoir perdu toutes ses illusions au sujet de l’empire et du saint-siège, conservait encore quelque espoir dans la chevalerie, cette sentimentale expression d’un monde qui approchait de sa fin , l’apparition de Jean de Bohême, en 1330, le lui fit perdre encore. Ce brillant et généreux chevalier, fils d’empereur et roi de Bohème, qui parcourait le6 cours de l’Europe en redresseur de torts et pacificateur, avait beaucoup à faire dans la péninsule. L'enthousiasme qu’excita son arrivée parmi les Italiens, toujours prêts à s’éprendre de toute nouveauté, parut d’abord devoir lui rendre tout facile. En vrai chevalier, il mettait son entreprise sous l’invocation du saint-siège, et prétendait tout pacifier, tout accorder. La ville de Brescia lui envoya la première des députés à Trente pour lui déférer la souveraineté, puis les villes de Bergame, Crémone, Pavie, Verceil, Novare. Azzo Visconti lui-même céda la seigneurie de Milan à Jean, et ne s’intitula plus que son vicaire, incapable de résister à l’entrainement général qui saisit aussi les villes de Parme, Modène, Reggio et Lucques. On se livrait à lui sans défiance et sans honte. 11 n’était point à craindre comme un empereur, et c’était le plus brave et le plus noble étranger qu’on pût prendre pour seigneur.

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