‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 131 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Jean se méprit cependant en s’imaginant que les Italiens l’appelaient sérieusement comme un pacificateur. En rappelant indifféremment tous les exilés , guelfes et gibelins , en cherchant à s’entendre avec les Scala et le légat du Poïet , avec les Visconti et le vieux roi de Naples, Robert, il mécontenta tout le monde. Il voulait réunir les partis, il y réussit mais ce fut en les réunissant contre lui-même. Florence , la tête du parti guelfe , qui voyait surtout dans Jean le fils de Henri VII, donna le premier exemple d’une alliance avec les gibelins , moins par esprit national , il est vrai, que par ambition, non pour repousser l’étranger, mais pour se partager ses alliés et soumettre des villes italiennes. D’après un traité d’alliance, conclu en 1332, entre Florence et les seigneurs puissants de la Lombardie, les Visconti, les Scala, les d’Este, les Gonzague, contre Jean de Bohème et Bertrand du Poiet, Crémone devait passer aux Visconti, Parme aux Scala, Reggio à Gonzague, Modène au marquis d’Este, Lucques aux Florentins. Pendant une courte absence de Jean , une attaque générale eut lieu sur tous les points à la fois; Mastino délia Scala, successeur de Cane Grande, prit Brescia; Azzo, Bergame, Verceil, Novare; le légat du Poïet fut battu près de Ferrare. Jean de Bohême, étonné à son retour de ce changement subit, courut à Parme, à Bologne, à Lucques; mais bientôt las de cette étrange versatilité, suspect même au légat du pape , pour lequel il s’était compromis , il termina en brocanteur son rôle de chevalier redresseur de torts ; il vendit Parme et Lucques aux Rossi pour trente-cinq mille llorins , Reggio aux Fogliani , Modène aux Pics et Crémone à Ponzono Ponzone (1333).

Lutte île Mastino délia Scala et de Florence; le duc d'Athènes; Jeanne I'* de Saples (f 333-1340).

Après le départ de Jean de Bohême , les seigneurs lombards et les florentins restèrent quelque temps encore unis pour chasser ceux qui avaient acheté les villes lombardes du roi de Bohême ; ils fomentèrent à Bologne une révolte à la suite de laquelle le légat du Poïet fut obligé de déposer ses pouvoirs. Mais l’alliance des petits despotes et des petites

républiques , l’union du principe aristocratique et du principe démocratique, n’étaient pas durables.

Mastino délia Scala croyait pouvoir comme son père succéder aux projets qu’avait formés Mattéo Visconti en Lombardie; infidèle le premier au traité d’alliance, il tenta par ruse ou par force de soumettre la Toscane. Après avoir traité au nom et du consentement des Florentins avec les Allemands de Lucques, il se fit céder la ville et la garda pour lui , au lieu de la livrer à ses alliés; il excita les nobles de Pise à reprendre le gouvernement au peuple, suspect d’affection pour les guelfes, et tenta de former contre Florence, avec les exilés et le seigneur d’Arezzo , Pierre Succone , rude chevalier des Apennins, une ligue gibeline. Cette ambition pou-' vait être dangereuse. Azzo Visconti n’avait point l’activité de ses prédécesseurs; le roi de Naples, Robert, devenu vieux, terminait son règne en paix. Mastino délia Scala, qui avait toute une cour de seigneurs dépossédés, ambitionnait déjà la royauté d’Italie. Florence effrayée parvint enfin à exciter les susceptibilités des plus intéressés; elle réunit, en 1336, la ville de Venise , les seigneurs Obizzo d’Este , Louis de Gonzague et Azzo Visconti, ad dcsolationem et ruinai», , pour la désolation et la ruine de ce voisin dangereux ; afin d’avoir la paix dans ses murs au moment de la lutte, elle se donna une sorte de grand juge dictatorial, nommé conservateur, dans la personne de Jacques d’Agobbio, qui fit de son pouvoir un usage que souvent on trouva trop rude.

Mastino délia Scala ne put tenir tète à cette ligue formidable. Les Vénitiens s’emparèrent de Trévise , de Castel Franco, de Cénéda; Visconti reprit Brescia; Marsilio de Carrare excita une émeute dans Padoue contre le propre frère de Mastino, et fut de nouveau proclamé seigneur d’une ville qui avait déjà appartenu à sa faipille et qui lui resta. Giberto de Correggio devait bientôt à son tour enlever Parme aux Scala (1341). Mastino recula, et offrit de céder ce qu’on lui avait pris. Les Florentins, malheureux dans toutes leurs entreprises, furent seuls à ne pas profiter des revers de Mastino. Ils acquirent , il est vrai , et fort cher, la seigneurie d’Arezzo; mais Venise, satisfaite des premières

Page 1