‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 132 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

acquisitions faites au dehors de ses lagunes sur le continent, traita bientôt avec Mastino , et se fit assurer la libre navigation du Pô , sans exiger Lucques pour Florence. Celle-ci espérait encore pouvoir acheter cette ville, qui devait lui donner la domination de la Toscane, de Mastino, obligé, après la perte de Parme, de renoncer à tous ses projets. Elle lui offrait des sommes considérables, comme elle avait fait précédemment, à un Yisconti. Le marché était conclu, les commissaires florentins abouchés avec ceux de Mastino, et l’armée de Florence en marche pour prendre possession ; mais Pise, craignant pour elle après l’asservissement de Lucques, la lui disputa à son tour, livra bataille à son armée ' sous les murs mêmes de la ville en litige, fut victorieuse, et resta maîtresse de Lucques (1341).

Florence se vengea des échecs de son ambition sur sa propre liberté. La servitude semblait, pour toutes les villes, le dernier refuge contre les dissensions et l’anarchie , ou la conséquence naturelle de la décadence de leur esprit militaire et de leur coutume d’enrôler des volontaires étrangers chargés de les défendre. En 1337 , Taddeo de Pépoli, l’homme le plus riche de l’Italie, avait fini par séduire la garde allemande, entretenue par la ville de Bologne ; il s’empara, avec son aide, du palais public, suspendit les assemblées générales , et obtint meme d être reconnu par le pape en lui payant un tribut annuel de huit mille livres. Deux ans plus tard, en 1339, à Gènes, las d’une constitution qui donnait aux nobles, représentés par deux capitaines, le pouvoir de le persécuter, et laissait sans autorité 1 Abbé, magistrat particulièrement chargé de sa défense , le peuple institua, au milieu d’une révolte , une magistrature unique et plus puissante en faveur de Simon Boccanera, son premier doge ; c’était au moins une institution nationale, régulière, dont l’autorité sut souvent maintenir les factions.

Le peuple de Florence, à son tour, attribuant ses revers au défaut d’unité de son gouvernement, nomma, en 1342, capitaine de la justice et général de ses armées , un certain Gaultier de Brienne , duc d’Athènes, inpartibus. Cet aventurier plein d’ambition et de ruse, Français, né à Athènes,

était un de ces habiles entrepreneurs de tyrannies qui trouvaient alors trop aisément dans les désordres de la péninsule à exercer leur industrie. 11 ruina par ses artifices le crédit du gouvernement alors confié à ce qu’on appelait la grasse bourgeoisie; il promit à la noblesse de la combler d’honneurs, au peuple maigre de l’enrichir. Puis un beau jour, avec cent vingt cavaliers , trois cents fantassins et une troupe de gentilshommes, il marcha sur la seigneurie , dispersa les magistrats aux applaudissements du peuple et fit planter son étendard à la place du drapeau de la justice et des armes de la commune. Maître alors, il chassa les nobles, confisqua les biens des gros bourgeois et pressura le pauvre peuple, livrant les femmes et les filles de tous à ses mercenaires, et faisant couper la langue à ceux qui trouvaient à redire à sa manière de gouverner. Ce ne fut que deux ans après que ce peuple , si prompt d’ordinaire à renverser les magistrats qu’il s’était librement donnés, éclata enfin, en 1343, dans une triple conspiration, fit main basse sur les mercenaires allemands du tyran , l’assiégea dans le palais vieux , le força à s’enfuir et recouvra sa liberté. L’odieux aventurier n’eut ni le supplice d’Ugolin qu’il méritait peutêtre, ni la mort de Castruccio dont il n’était pas digne.

La funeste habitude prise par les Italiens de soutenir leurs guerres avec des étrangers, portait encore de plus tristes fruits. Un capitaine d’aventure, connu en Italie sous le nom du duc Guarnieri, fit appel, en 1343, à tous les mercenaires enrôlés au service des différents États ; à la tête de cinq mille bandits , s’intitulant Y ennemi de Dieu et de la miséricorde , il ravagea pendant deux ans (1344-1345) la Toscane et laRomagne , leva des contributions sur Sienne , Pérouse , Bologne , Rimini , Forli , Césène , et malgré des forces considérables réunies par les Yisconti , les Scala et les d’Este , en Lombardie , emporta sain et sauf avec les siens , en Allemagne, les dépouilles de l’Italie.

Le midi de la péninsule n’était plus en état d’exercer aucune influence sur le reste du pays; après la mort de Robert, en 1343, commença, dans la dynastie angevine , cette série de crimes honteux qui, combinée avec la turbu-

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