‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 139 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

cale dans Rome et dans les environs ; exemple frappant de la périlleuse impuissance de l’imagination dans les entreprises politiques, en fade de l’intelligence réelle et pratique des choses, mais qui ne désabusa pas encore Pétrarque, l’ami du tribun, toujours prêt, comme ses compatriotes, à saluer une lueur d’espérance dans tout événement nouveau.

Lorsque Charles de Luxembourg, le fils de Jean de Bohême, entra en Italie, en l’année 1355, le pape Innocent YI eut soin d’ôter tout danger à cette expédition, en ne permettant à l’empereur de séjourner dans la péninsule que le temps de prendre sa couronne. Pétrarque néanmoins l’accueillit comme Dante avait autrefois accueilli Henri VII. « Le diadème, l’empire, «une gloire immortelle, s’écriait-il, lui étaient assurés; la route du ciel lui était ouverte; l’Italie, Rome, tête de l’univers, le lui garantissaient, en se précipitant au-devant de lui et en chantant avec 'Virgile :

« Venisti tandem tuaque expectata parentl

Vieil iter durum pietas. »

L’historien Villani plus positif nous montre, dans un récit qui ne manque pas d’ironie, le côté vrai des choses : Le cavalier fait pour dompter la volonté humaine descendit les Alpes, « monté sur un roussin, au milieu de gens désarmés comme un marchand pressé d’aller en foire. » Messire Barnabe , un des neveux de Jean Yisconti , le reçut à la tête de six mille chevaux et de dix mille piétons, et l’escorta si étroitement jusqu’à Monza, où il le fit couronner, que l’empereur ne fut pas fâché d’échapper à cette prison courtoise. Reçu avec un empressement plus sincère par Pise, Lucques et les seigneurs gibelins des Apennins, il ne céda cependant pas aux sollicitations de leur haine contre Florence, et aima mieux vendre la paix à la ville guelfe. A Rome , où il resta quelques jours en pèlerin , occupé à faire ses dévotions aux saints lieux, il ne parut comme empereur qu’à la journée du couronnement. A son retour en Toscane, il réussit à exciter à Pise une émeute qui fit passer le gouvernement des mains du parti démocratique des Bergolini, attachés à Florence et à la paix, dans celles des Raspanti, toujours fidèles aux vieilles

passions gibelines. Mais il échoua dans ses projets d’imposer à Sienne son propre frère, le patriarche d’Aquilée, pour seigneur, et d’arracher Lucques à la domination de Pise. Après une émeutequi renversa le gouvernement, devenu très-oligarchique, des Neuf, , une nouvelle seigneurie, celle des Douze, s’empara du pouvoir malgré le patriarche. Les factions de Pise se réconcilièrent un instant pour chasser la garnison impériale et défendre Lucques ; Charles IV rentra en Allemagne par la Lombardie, au milieu des villes qui lui fermaient leurs portes (1356), et Pétrarque désabusé s’en prit dans sa douleur à la papauté, qu’il sollicitait aussi vainement de rentrer à Rome. «Il fuit, s’écria-t-il, le césar, seul, sans escorte. Les délices de l’Italie lui font horreur. Il dit, pour se justifier, qu’il a juré de rester à Rome un seul jour, ü jour d’opprobre ! serment déplorable ! Le pape , qui a renoncé à Rome, ne veut pas même qu’un autre s’y arrête. >• Illusions naturelles après tout et qui n’étaient que celles de l’Italie invoquant dans ses discordes un principe d’unité.

Barnabo Yiwcontl ; Alhornoz ; Catherine de Sienne

Pétrarque dépensait un enthousiasme inutile. Le temps n’était plus aux grandes luttes de principe ; il ne s’agissait plus ni du pape , ni de l’empereur. Il n’y avait en face que des ambitions vulgaires et des rivalités mesquines. Le saintsiège songeait bien moins à rentrer à Rome qu’à rendre réelle sa domination au centre de l’Italie. L’empereur ne voulait plus commander à la péninsule, mais la rançonner. Les Visconti, et à leur exemple les autres petits tyrans, poursuivaient l’édifice de leur grandeur , avec autant de défiance contre la papauté que contre l'empire ; les villes libres encore, Florence, Pise et les autres, rendaient plus difficile, par leurs divisions mêmes , la conservation de leur liberté. Au milieu de ces tiraillements, dernière plaie et plus cuisante! les bandes de mercenaires étrangers, introduites par les Italiens mêmes sur cette terre classique de la discorde, s’acclimataient en Italie, sous la conduite d’aventuriers toujours nouveaux , et sillonnaient la péninsule en

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