‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 140 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

tous sens , à la piste de toutes les querelles , et prêtes à en faire naître là où elles manquaient. Le xive siècle et le temps de la captivité de Babylone s’achevèrent ainsi pour l’Italie, entre la tyrannie et la servitude, dans des luttes pleines de misère et dépourvues de grandeur.

Dans ce conflit d’ambitions, la rivalité du saint-siège et des Yisconti continua de tenir le premier rang et groupa autour d’elle tous les intérêts. Le cardinal Àlbornoz, déjà maître de Rome, attaqua, l’argent et le fera la main, les petits tyrans de la Romagne ; il dépouilla Gentile de Mogliano de la ville de Fermo , qui fut rendue à la liberté sous la protection de l’Église ; il enleva à Malatesta les villes de Senigagliaet d’Ancône, ne lui laissant, qu’à la condition d’un tribut, Rimini, Pesaro, Fano, Fossombrone, et s’empara de Césène sur François Ordelaffi, malgré l’héroïque défense de sa femme, Marzia des Ubaldini (1357).

Il put d’abord faire les affaires du saint-siège en toute liberté. Dans la Lombardie, lès neveux de Jean Yisconti, Mattéo, Barnabo et Galéas, avaient assez de conserver leur puissance. La ville de Gènes la première avait ressaisi sur les neveux son indépendance, aliénée à l’oncle, et rappelé Simon Boccanera. Dans la Romagne, Jean d’Oleggio, nommé gouverneur de Bologne par Jean Visconti, ne reconnaissait point davantage ses successeurs et exerçait la tyrannie pour lui-même. Parmi les Lombards, Jean Paléologue, marquis de Montferrat, s’allia avec la famille des Beccaria, toutepuissante à Pavie, pour leur faire la guerre.

Mais Barnabo et Galéas, après avoir empoisonné leur aîné Mattéo, qui les compromettait par ses excès, reprirent les projets de leur oncle et vinrent assiéger l’ancienne rivale de Milan . Elle résista un an, grâce aux prédications d’un frère augustin, Jacob Bussolari, et ne céda que trahie par les Beccaria et les seigneurs , mécontents de voir le frère chercher à profiter de l’occasion pour ramener les bourgeois à la liberté par le patriotisme. Triste entreprise encore que Pétrarque lui-même blâma , et que fra Bussolari expia le reste de sa vie dans le vade in pace d’un monastère.

Cette victoire, et surtout l’alliance de Galéas Visconti avec

le roi de France, Jean le Bon, dont il obtint la Fille, Isabelle, pour son fils , acheva de relever les seigneurs de Milan. Le légat Albornoz les rencontra alors partout au-devant de ses entreprises. En Romagne , au moment où il cherchait à reprendre Bologne sur Oleggio, il n’eut que le temps de l’acheter, et fort cher, du tyran, contre lequel marchait déjà Barnabo à la tète d’une armée. Dans la Toscane, la guerre avait éclaté en 1360 entre Pise et Florence à propos de la ville de Volterra , dont les Florentins s’emparèrent au moment où son tyran, Belfredotti, allait la vendre aux Pisans; Visconti et Albornoz prirent nécessairement parti dans cette querelle pour mettre un pied en Toscane. Les Visconti, sous prétexte de défendre Pise, envoyèrent contre Florence deux condottieri, Landau, chef d’une bande allemande nommée la grande compagnie, et Jean Hawkwood, passé de France en Italie en même temps que la peste, chef d’une autre bande appelée la compagnie blanche ou anglaise. Albornoz envoya à Florence, pour capitaine, à la tête d’une armée, Malatesta, seigneur de la Romagne. Les deux condottieri qui arrivèrent jusqu’au pied de ses murailles , la peste qui enleva encore nombre de citoyens, ne furent pas les ennemis les plus dangereux de Florence , mais bien la trahison qu’elle avait accueillie dans ses murs avec Malatesta, de la main même d’Àlbornoz. Elle repoussa, cependant, tous ses ennemis, et déjoua toutes les intrigues , plus heureuse que Pise, à laquelie elle imposa la paix (1364), et qui, payant cher les secours inefficaces de Barnabo , tomba sous le joug d’un Giovanni Àgnello , marchand diplomate, proclamé doge par les soldats de Visconti sur la promesse d’exercer le pouvoir au profit du tyran milanais.

Le cardinal Albornoz, pour se rétablir de cet échec , crut devoir frapper un grand coup. Depuis deux ans, un pape doué d’heureuses qualités était enfin sorti du conclave (1362). Pétrarque lui-même désabusé de la liberté et de 1 empire se tournait entièrement vers Urbain V. « La volonté de Dieu, lui écrivait-il, se déclare dans votre élection avec une telle évidence qu’elle éclaire même les aveugles; le Christ, notre Dieu, nous regarde enfin en pitié, il vient mettre un

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