CHAPITRE II
Goths furent ainsi mis entre Stilicon et la cour d’Arcadius, et le danger qui menaçait incessamment la Grèce détourné sur l’Italie, dont Àlaric devenait le redoutable voisin.
Stilicon n’eut plus qu’à gouverner et à défendre l'empire d’Occident. La tâche était déjà assez rude. Le Maure Gildon, comte militaire d’Afrique, s’était emparé de l’administration civile et des finances de la province, et comme il continuait d’assurer à l’Italie l’arrivage des grains, il n’avait pas été troublé jusque-là dans son usurpation, et jouissait depuis plusieurs années d’une sorte d’indépendance. Il désira la rendre plus complète, et reconnut l’empereur d’Orient, maître si éloigné et si faible qu’il ne devait pas être bien importun. Celui qui avait voulu gouverner deux empires ne laissa pas diminuer le sien : Stilicon fit acheter des blés de la Gaule sur la demande du préfet de Rome Symmaque, pour approvisionner la ville pendant la guerre, et envoya en Afrique , à la tête de cinq légions de vétérans, le propre frère du rebelle, Mazascel, qui s’acquitta de cette mission fratricide avec une haine tout africaine. De retour à Milan , le vainqueur excita par sa fierté la jalousie et les soupçons de Stilicon. Un jour qu’il accompagnait le Vandale il fut précipité d’un pont dans la rivière où il se noya, aux yeux mêmes de Stilicon, sur le visage duquel on ne put surprendre qu’un sourire de secrète satisfaction (398).
I/Italte Mauvée d’Alarle et de Radngalaes l'empire perdu
Toutes les frontières, le Rhin, le Danube étaient alors menacées ; mais pour l’Italie, l’ennemi le plus voisin et le plus redoutable était sur les Alpes orientales. Alaric, chef d’un vaillant peuple depuis longtemps errant dans l’empire, poussé lui-même par l’ambition et le désir de la vengeance, n’avait accepté l’UIyrie, pays montagneux et déjà souvent ravagé, que pour se préparer à l’échanger contre une conquête plus riche. Il avait à sa portée plusieurs des grandes manufactures impériales où l’on fabriquait les armes nécessaires aux soldats, dans les villes de Margus, de Ratiaria, de
Naïssus et de Thessalonique; il leur commanda une quantité considérable de lances et d’épées, de casques et de boucliers; et il parcourut les bords du Danube pour ramasser tous les débris épars de ce peuple visigothqui, fuyant devant les Huns, avait demandé, vingt-cinq ans auparavant, asile dans l’empire à l’empereur Valens. Stilicon ne perdait pas de vue ces mouvements et ces préparatifs, dont il était aisé de comprendre la menaçante intention.
Cependant il ne se trouva pas prêt, lorsqu’en l’année 403, Alaric se présenta aux Alpes juliennes. La frontière était en partie dégarnie de troupes par l’envoi de plusieurs légions dans la Rhétie révoltée. L’activité de Stilicon répara tout : il obtint de l’empereur Honorius, qui n’avait eu jusque-là que le gouvernement de sa basse-cour, la promesse de tenir dans Milan jusqu’à son retour ; il envoya l’ordre aux troupes qui gardaient le Rhin , à celles même de la Grande-Bretagne, de se diriger sur l’Italie, et traversa lui-même les Alpes couvertes de neige, pour ramasser des auxiliaires allemands parmi les tribus qui venaient de se soulever. Honorius ne tint pas sa promesse. Quand l’ennemi eut passé le Mincio, l’Oglio et l’Adda, il s’enfuit de Milan, fut atteint et forcé de se jeter dans Asti que les Goths assiégèrent .
11 était temps que le Vandale vînt défendre l’empereur. Stilicon tomba tout à coup des Alpes, franchit l’Adda, traversa le camp ennemi pour rassurer Asti, concentra ses troupes qui arrivaient de tous côtés par les Alpes , rejeta les Goths au delà du Pô, les resserra dans leur camp près de Pollentia ; puis le jour de la fête de Pâques, au moment où , sans inquiétude, grâce à la solennité, ils célébraient le service divin, il les fit attaquer àl’improviste par un chef païen, nommé Saül. Le combat engagé, il accourut avec ses troupes fraîches, força le camp et y prit la femme même d’Àlaric au milieu du butin. Le chef des Goths essaya vainement de réparer son échec en se jetant à travers les Apennins, pour faire une pointe sur Rome par la Toscane; il trouva partout devant lui son ennemi victorieux , et dans sa retraite reçut encore une rude leçon près de Vérone, par la prise de laquelle il voulait assurer son retour et sa vengeance.