‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 15 sur 347 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Honorius alla célébrer à Rome un magnifique triomphe en l’honneur des victoires gagnées par Stilicon ; mais en transportant sa résidence dans la ville de Ravenne, bâtie sur pilotis aux bords de l’Adriatique et entourée d’impraticables marais, il se hâta de démentir la rassurante inscription qui déclarait sur l’arc triomphal la nation des Goths à jamais domptée : Getarum nationem in omne œvum domitam.

Trois ans après , en 406, commençait la grande invasion de l’empire par toutes les races que les Huns poussaient sur les frontières. Les Vandales, les Suèves, les Alains, les Burgondes passaient le Rhin , limite de la Gaule ; et une grande cohue de barbares de toutes nations, sous la conduite d’un chef nommé Radagaise , franchissait le Danube et paraissait sur les Alpes. Stilicon dut abandonner la Gaule. 11 composa rapidement une armée d’un corps d’Alains qui lui étaient attachés, d’esclaves à qui il fallut promettre la liberté et deux pièces d’or, et de Goths et de Huns, sous le commandement de Iluldin et de Sarus, chefs de bandes mercenaires, qui erraient sur la frontière. Le torrent descendit d’abord les Alpes rhétiques, passa le Pô et franchit les Apennins sans résistance ; mais en Toscane Stilicon , avec une habileté et une persévérance qui rappelaient la tactique de César, enferma les barbares par des forts et des murs de circonvallations, sur les monts Fœsule, et les y détruisit par le fer et la faim. Radagaise, obligé de se rendre, fut décapité, et le reste de ses compagnons vendus à vil prix comme esclaves.

La péninsule était sauvée pour la seconde fois, mais l’empire était perdu. La Grande-Bretagne , après le départ des légions , reprit son indépendance qu’elle devait si mal défendre. La Gaule et l’Espagne abandonnées, couvertes de barbares , se jetèrent dans les bras d’un usurpateur, Constantin, pour avoir un chef contre l’étranger ; et Y Italie, selon « la belle expression de Montesquieu, devint frontière.

A»»aNftluat de fttlllron par IIoiioi-Iiim (409,.; prise de Rome par Alarle (440;; mort du roi vlNigoth (414).

L'empereur lui-même livra ce qu’un barbare avait défendu.

Stilicon, sans doute pour prendre de tous côtés ses précautions, négociait avec Alaric et, au grand mécontentement des légions romaines, favorisait les auxiliaires qu’il fallait d’ailleurs ménager pour les services qu’ils avaient rendus et ceux qu’ils pouvaient rendre encore. Honorius , las de la tutelle du maître de la milice, et de Sérène qui lui avait fait encore épouser sa seconde fille après la mort de la première, s’avisa de s’effrayer des mesures prises plutôt pour la sûreté de l’Italie que contre sa personne. Un de ses favoris, Olympius, augmenta ses craintes en prêtant à Stilicon le projet de faire couronner son fils Euchaire , et de livrer l’Italie aux étrangers. Il n’en fallut pas davantage pour porter Honorius à se défaire de son ministre, non en souverain, mais en conspirateur. Tous les officiers de l’armée, partisans de Stilicon, furent massacrés ; le héros barbare, justement célébré parle poète Claudien, fut surpris traîtreusement par le Goth Sarus, se réfugia à Ravenne , et y reçut la mort d’un officier du palais ; enfin, par une atrocité lâche et insensée que rien n’explique , un ordre d’Honorius livra au massacre et au pillage de ses légions , les femmes , les enfants et les biens que les mercenaires avaient déposés en otages dans les villes d’Italie.

C’était faire ce qu’on voulait éviter. Plus de trente mille mercenaires altérés de vengeance appelèrent Alaric , qui n’attendait qu’une occasion. Le roi des Goths franchit cette fois sans difficulté l’Adige , le Pô au milieu de la désorganisation complète de l’armée romaine ; ramassa tous les auxiliaires furieux, laissa de côté l’empereur tremblant dans Ravenne, et comme poussé par une force irrésistible, arriva par la voie Flaminienne sous les murs de la ville étemelle (4 10).

Rome, quoique déchue déjà et commençant à voir tomber en ruine quelques-uns de ses monuments , était encore la cité reine. Elle comptait plus de dix-sept cents palais resplendissants de luxe, et dont quelques-uns étaient, selon l’expression du poète, comme des villes au sein de la grande ville. Une population de plus de douze cent mille âmes y était renfermée. Alaric environna de postes nombreux l’enceinte des murs, masqua les douze portes principales et in-

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