‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 146 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

La guerre, qui avait éclaté la même année entre les deux cités maritimes de Gènes et de Venise, arriva pendant les deux années suivantes, 1379 et 1380, à un degré d’animosité qui semblait devoir amener la ruine de l’une ou de l’autre. Ces deux peuples commerçants , qui se trouvaient en opposition à Ténédos, en Chypre, partout où ils se rencontraient, avaient su intéresser tous leurs voisins dans leurs querelles. Venise avait fait conclure au roi de Chypre, Lusignan, que les Génois avaient rendu feudataire, une alliance avec Barnabo Visconti pour jeter celui-ci, qui y était déjà disposé', contre les Génois. Gènes , de son côté , avait réuni contreVenise le roi deHongrie, suzerain de la Dâlmatie, François Carrare, seigneur de Padoue, et les Scala de Vérone.

Louis Fiesco attaqué, en 1378, par Vettor Pisani au milieu d’un orage, en vue d’Actiuin, éprouva le premier un échec assez considérable. L’année suivante, Lucien Doria entra dans l’Adriatique et livra bataille à Pisani , devant Pola ; il fut tué dès le commencement du combat, mais les Génois le vengèrent en détruisant presque entièrement la Hotte vénitienne. Le sénat , qui avait imposé à Pisani l’ordre de combattre, le fit jeter en prison pour avoir été vaincu. Cette rigueur ne releva pas la république. Pierre Doria, successeur de Lucien, emporta la ville et le port de Chiozza qui commandent une des nombreuses ouvertures de la longue digue de sable ou aggere , entre la lagune et la mer. François Carrare et quelques troupes du roi de Hongrie pressaient en même temps, du côté de la terre, Venise qui n’avait plus qu’une flotte, alors dans le Levant sous le commandement de Zéno. Le sénat voyant Venise menacée jusque dans ses canaux songeait à traiter, même à transporter le siège du gouvernement dans l’île de Candie. La dureté des ennemis , qui ne voulaient point entendre parler de négociations « avant d’avoir mis un frein aux chevaux de Saint-Marc, » rendit le courage aux patriciens. Ils firent à la république le sacrifice de leur orgueil.

Vettor Pisani fut délivré et mis à la tête de la défense nationale. La seigneurie offrit d’inscrire sur le livre d’or les trente plébéiens qui feraient les plus grands sacrifices à

la patrie. Un marchand pelletier paya mille soldats, un apothicaire arma un navire ; trente galères sortirent bientôt des canaux. Vettor Pisani, en dépit de deux émeutes, résista cinq mois dans les lagunes jusqu’à ce qu’au 1er janvier 1380 Zéno revînt du Levant avec sa flotte. Les Génois à leur tour furent assiégés dans Cliiozza. Tous les secours envoyés de Gènes restèrent inutiles. En juin , comme ils cherchaient à s’échapper sur des bateaux, pour rejoindre une flotte amenée par, l’amiral Maruffo, ils furent surpris et obligés de se rendre à discrétion. Les deux républiques , cependant, épuisées par cette lutte à outrance, en vinrent, l’année suivante, à faire la paix de Turin sous la médiation du duc de Savoie. Mais tel est l’avantage d’un gouvernement fort que Venise, obligée cependant de renoncer à ses possessions continentales , se releva promptement après avoir vu la ruine de si près, tandis que Gènes, qui avait manqué seulement une victoire complète, se remit difficilement des efforts qu’elle avait faits pour vaincre ; elle était déjà en proie aux longues et dangereuses rivalités des ambitieuses familles des Adorni et des Frégosi qui avaient remplacé celles des Doria et des Fieschi, des Spinola et des Grimaldi, récemment exilées sous prétexte de rendre le calme à l’État.

A Naples , la reine Jeanne s’était compromise vis-à-vis de tous en poussant au schisme par l’élection de Clément VII, et en prenant ouvertement celui-ci sous sa protection. Excommuniée par Urbain VI , menacée par son peuple, tombée plus que dans le mépris, dans le ridicule, par son troisième mariage avec Othon de Brunswick, elle se jeta dans les bras de la France et appela pour son fils et successeur Louis, duc d’Anjou, afin de greffer une nouvelle branche angevine sur le trône dégénéré du frère de saint Louis. Urbain VI ne voulait pas avoir pour voisin un roi ennemi; il s’adressa en Hongrie à un cousin de lacrimi- . nelle et impudique reine, Charles de Duras, à la fois héritier de Louis de Hongrie et de Jeanne de Naples, et le déclara roi des Deux-Siciles sous les mêmes conditions et avec les mêmes réserves que Clément VII avait imposées à Charles d’Anjou.

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