‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 147 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Charles de Duras se dirigea sur le royaume de Naples, décidé uon-seulement à s’assurer la succession -de Jeanne, mais à prendre sa couronne. U entra sans peine dans la capitale, jeta la vieille reine en prison (1381), et l’année suivante ordonna île l’étouffer sous des matelas.

Le triomphe de Charles III à Naples, comme toutes les révolutions accomplies au midi de la péninsule, eut son contre-coup dans le jeu des partis italiens,. et particulièrement à Florence. Celui qui avait l’espoir de réunir deux royaumes considérables aux deux extrémités de l’Italie, devait désirer dominer toute la péninsule. Déjà, en se dirigeant vers son royaume à travers la Toscane , il avait tenté de renverser le gouvernement gibelin des arts mineurs. Une fois roi, il y réussit. Les Albizzi et les guelfes, sûrs de son appui , profitèrent d’une querelle qui divisait deux des personnages les plus distingués du gouvernement, Georgio Scali et Benedetto Alberti, pour exciter un soulèvement, en 1382, au cri de : Vive le parti guelfe ! Maîtres de la place publique, les Albizzi, toute la haute bourgeoisie et quelques nobles créèrent une commission suprême ou balte pour réformer l’État. Tout ce qui avait été fait depuis 1378 fut annulé : les corporations des oiompi dissoutes ; la part des arts mineurs réduite au tiers des honneurs publics; ceux qui avaient pris part au mouvement récent exilés, entre autres Michel Lando, qui n’obtint même pas grâce; et l’aristocratie des nobili popolani fut affermie au moins pour quelque temps.

Les occupations , puis l’éloignement et la mort de Charles III firent cependant cesser les craintes qu’il avait inspirées au reste de lTtalie. Attaqué en 1383 par Louis d’Anjou à la tête de quinze mille chevaux, il attendit, renfermé avec son armée dans ses principales forteresses, que le climat eût fait justice de ses ennemis et eût enlevé même son rival en 1384. Mais l’année suivante il fut appelé en Hongrie et y tomba victime d’un assassinat; le royaume de Naples devint la proie d’une guerre de succession. Ladislas son lils, âgé de douze ans, fut proclamé par le parti hongrois; un autre enfant, Louis 11, fils du duc d’Anjou, parle parti français, tous

deux sous la tutelle de deux femmes soutenues, l’une par le pape italien, l’autre par le pape français. Au milieu de ce conflit et des excommunications qui atteignaient les uns et les autres, la plupart des barons napolitains refusèrent l’obéissance aux deux prétendants, et le royaume, plongé dans la plus profonde anarchie, cessa d’exercer aucune influence sur le reste de la péninsule.

Jean CaléaH, duc de milan, vent réunir l'Italie noua an domination (t38S*UOOj; décadence politique et morale.

Le royaume de Naples tombé si bas, la papauté divisée, Florence et Gènes agitées par des factions, Venise affaiblie par la guerre de Chiozza et occupée à se remettre de ce grand effort, les seigneurs de Milan avaient bien beau jeu. Jean Galéas ayant fait mourir son oncle Barnabo, traîtreusement attiré dans un piège, avait rétabli l’unité de la seigneurie du Milanais (1385) ; il reprit les projets de domination générale de ses prédécesseurs. C’était un tyran de complexion à la fois lâche et ambitieuse, mais d’une méchanceté profondément habile. 11 avait pris à sa solde la compagnie de Saint-George , bande tout à fait italienne rassemblée par un certain Albéric , comte romagnol , et la plus redoutable alors de toutes les compagnies, mais qui lui rendit moins de services encore qu’une politique astucieuse qui savait mettre tout à profit pour atteindre son- but.

Dans l’ouest de la Lombardie l’héritier des Visconti gouvernait déjà le Montferrat comme tuteur du jeune marquis; à l’est il tenait dans la dépendance Albert d’Este à Ferrare et Louis de Gonzague à Mantoue , en les poussant à des crimes odieux qui ne leur laissaient d’autre refuge que sa protection. Dans la marche de Vérone il détruisit l’un par l’autre les Scalaet les Carrare. Venise, qui profitait de l’anarchie des royaumes de Naples et de Hongrie pour reprendre sur l’un et sur l’autre Corfou, Durazzo, et pour entrer dansArgosetNapoli, venait de jeter Antonio délia Scala sur François Carrare qui avait autrefois prêté ses secours à Louis de Hongrie et fait perdre à la république ses possessions continentales par la paix de Turin. François Carrare, bravement se-

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