‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 148 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

condé par son fils et son petit-fils , faisait essuyer défaites sur défaites au descendant dégénéré de Cane Grande (1386), sans pouvoir cependant venir à bout de ce faible ennemi que Venise relevait chaque fois qu’il était abattu. Jean Galéas offrit ses secours à François Carrare, il prit avec lui Vérone et Vicence et détruisit entièrement la puissance des Scala; mais au lieu de lui laisser cette dernière ville, comme il avait été convenu, il se tourna tout à coup du côté de Venise (1387), attaqua son ancien allié de concert avec la république, et le fit prisonnier avec son fils dans les villes de Padoue et de T révise qu’il ajouta à ses propres domaines (1388). Venise vit à regret, mais trop tard , se dresser la couleuvre des Visconti en face du lion de Saint-Marc; Amédée le Rouge, comte de Savoie, plus Français qu’italien, Gènes en proie à ses factions, restaient seuls indépendants du tyran dans le nord de la péninsule.

La Lombardie ainsi domptée , il attaqua la Romagne et la Toscane. Urbain VI avait terminé sa vie à Gènes dans l’abandon; son successeur, Boniface IX, nommé par les cardinaux italiens , était incapable d’arrêter Galéas. Celui-ci tenta successivement de s’emparer de Bologne, de Sienne, de Pise, et mit sur pied vingt mille hommes pour rendre ses entreprises plus sérieuses. Mais à ce moment Florence effrayée entra résolûment en lice. Elle prit à sa solde Jean Hawkwood et donna de l’argent à François Carrare qui alla chercher des alliés en Allemagne, redescendit l’Adige avec Étienne de Bavière , entra dans Padoue par le lit de la Brenta (1390), reprit toutes ses forteresses, et força Galéas à rappeler ses troupes pour maintenir dans l’obéissance Vérone prête à se soulever. L’année suivante les Florentins firent venir de France le comte d’Armagnac pour attaquer le Milanais par l’ouest, tandis que Jean Hawkwood pénétrerait par l’est avec François Carrare et le marquis d’Este forcé aussi à les suivre. Mais cette fois Jacques del Verme, chef de cette compagnie italienne qui joignait à la bravoure ordinaire aux condottieri une discipline et une tactique entièrement inconnues aux autres compagnies, battit et tua Armagnac qui s’était avancé assez imprudemment

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jusqu’à Alexandrie; bientôt revenu en face d’Hawkwood, il rompit les digues de l’Adige et resserra son adversaire au milieu d’un pays inondé sur une étroite chaussée d’où il ne se tira que par des prodiges de hardiesse et de courage.

Malgré ces derniers succès Jean Galéas rendit Padoue à Carrare (1392), espérant davantage de ses intrigues que de ses armes. Pendant la paix, en effet, et à son instigation, les Malavolti et tous ceux du parti guelfe furent massacrés dans la ville de Sienne ou exilés ; à Pise, Pierre Gambacorta, chef du parti républicain , fut égorgé avec sa famille par Jacob d’Appiano, son secrétaire, devenu l’agent de Jean Galéas. Une conspiration menaça môme à Florence la puissance des Albizzi et des arts majeurs. En 1396 enfin , le titre de duc acheté de l’empereur Wenceslas par le tyran lombard , donna à un pouvoir auquel la transmission héréditaire n’avait pas encore enlevé la tache de son origine, un caractère de légitimité qui le rendit plus dangereux. Le diplôme qui l’instituait duc de Milan et comte de Pavie , en comprenant dans la charte d’investiture vingt-six villes avec leur territoire jusqu’aux lagunes de Venise, c’est-à-dire toutes celles qui, plus de deux siècles auparavant , avaient signé la glorieuse ligue lombarde, annonça aux autres cités le sort qui les attendait.

Gènes , où dix révolutions s’étaient succédé et dix doges supplantés en moins de quatre ans, fut menacée la première. Son doge actuel, Àntoniotto Adorno, qui avait dépensé un courage inutile pour dompter les factions, instruit des projets du duc, ne sauva sa patrie qu’en lui persuadant de se donner au roi de France Charles VI, qui dut la faire administrer par un vicaire et respecter ses privilèges. Florence ne se résignait point encore à en venir là ; elle profita de l’entreprise d’un certain Mangiadori sur San Miniato pour prendre encore l’offensive, soutenue de l’appui réel de François de Gonzague, maintenant brouillé avec le tyran, et de l’alliance malheureusement plus honorifique qu’utile de la France. Malgré les ravages d’Albéric de Barbiano, condottiere au service de Galéas qui désola le val d’Arno , et une conspiration des Médicis et des Ricci qui échoua grâce à la vigilance

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