‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 149 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de Maso Albizzi, les Florentins battirent deux autres condottieri du duc de Milan à Governolo, près de Mantoue, et lui imposèrent la condition de respecter leur territoire (1398).

Toutes les cités ne furent pas aussi heureuses. Cette même année Jean Galéas acheta du fils de Jacob d’Appiano, incapable de se maintenir à Pise, la seigneurie de cette puissante république anéantie par un ignoble marché; en 1399 il força Sienne et Pérouse à se donner à lui et à le reconnaître comme seigneur pour échapper aux troubles qu’il y entretenait à l’aide des factions et aux dévastations qu’il faisait commettre indirectement sur leurs territoires par ses aventuriers; enfin en 1400 il fournit des soldats à Paul Guinigi de Lucques et à Jean Bentivoglio de Bologne pour s’emparer de la tyrannie dans ces deux villes à la faveur des ravages que la peste y exerçait parmi les plus courageux citoyens ; et peu de temps après il battit et dépouilla Bentivoglio d’une autorité que celui-ci prétendait exercer pour lui-même.

Rien de plus triste à la fin du xive siècle que l’état de l’Italie. La liberté y succombait en Toscane et en Lombardie sous ses propres excès, sous les atteintes de la peste ou sous les efforts d’une tyrannie astucieuse et basse. Florence résistait seule encore, mais isolée au milieu des territoires de Sienne, Lucques, Pise et Bologne soumises, sans communication avec la mer, ruinée dans son commerce et surveillée de près par les Toppi, les Ubertini dans les Apennins, par les Cancellieri dans les monts de Pistoie et les Ubaldini dans cemt de Mugello, tous seigneurs vendus ou soumis au tyran Galéas. La monarchie déjà plusieurs fois essayée au midi s’y abîmait au milieu de la plus effroyable anarchie. La ville de Rome était plus que jamais en proie aux factions des Colonna et des Orsini ; les États de l’Église partagés par de petits tyrans ou ravagés par des brigands comme avant Albornoz. Les Italiens ne pouvaient invoquer le saint-siège ou l’empire. A quel signe auraient-ils reconnu dans Boniface IX à Rome ou Benoît XII 1 à Avignon le vrai et légitime successeur des Grégoire VII et des Alexandre III? S’ils se tournaient vers le roi de France, ils ne trouvaient qu’un pauvre fou , vers l’empereur d’Allemagne, qu’un homme plongé chaque jour

dès le matin dans l’ivresse. Fallait-il donc tombervictimed’une monstrueuse tyrannie qui, née des rivalités de la liberté, grandissait à la faveur des désordres des autres nations ?

Les lettres et les arts qui avaient semblé promettre des consolations à l’Italie, lui manquaient aussi à cette époque de stérilité et de mort. La littérature passait de l’inspiration nationale et chrétienne de Dante et de Pétrarque aux recherches de l’érudition classique et païenne ; encore Jean de Ravenne et le Grec Chrvsoloras ne faisaient-ils que baver laborieusement la voie aux enthousiastes érudits du siï'cie suivant. Dans les arts, les noms de Cimabue et du Giotto remplacés par ceux de leurs obscurs élèves Taddio di Gaddo, Giottino à Florence , Lorenzo et Lorenzotto à Sienne, prouvaient que la peinture n’avançait pas. L’église et la sacristie de San Mieheli, œuvre de l’Arcagnuolo, s’élevait à Florence, mais sans les égaler, à côté des chefs-d’œuvre du xur siècle. Il n’y avait qu’à Milan où Jean Galéas tentât de laisser de sa puissance un monument durable dans la cathédrale de cette ville qui fut commencée en 1346, mais qui n’étant pas encore achevée aujourd’hui, parait comme porter la peine de ce baptême de la tyrannie.

Les Italiens ne pouvaient même chercher dans la religion l’oubli de ces misères. L’année 1400 ne leur apportait point la consolation d’un jubilé. Qui aurait eu confiance aux indulgences de deux papes s’anathématisant l’un l’autre? Et cependant les hordes turques chassées par Tamerlan s’avançaient en Hongrie et en Pologne et menaçaient toute la chrétienté, mais principalement l’Italie. À défaut d’un jubilé officiellement annoncé par le saint-siège , le sentiment religieux éclata de lui-même dans les démonstrations désordonnées des pénitents blancs qui parcoururent processionnellement l'Italie, surtout les villes de Gènes, Pise, Lucques et Florence, dans les années 1399 et 1400, comme pour appeler les peuples et les cités à la réconciliation et à la pénitence, s’ils voulaient échapper à la tyrannie et à la mort. La peste ne permit pas cependant que la liberté italienne tombât entièrement sous une aussi méprisable tyrannie que celle de Jean Galéas; c’eût été acheter trop cher une unité

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