‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 150 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

politique condamnée d’avance à périr. Après avoir désolé les républiques, elle frappa Jean Galéas en 1402 au milieu de la solitude de Marignan où il se croyait à l’abri de ses atteintes.

Dissolution momentanée «tu duché «le nllan ; agrandissements de Venise et «le Florence (1409); concile de Fisc; Ladislas

Une puissance élevée par la violence et la perfidie survit rarement à son fondateur. La mort de Jean Galéas faillit entraîner la dissolution du nouveau duché de Milan ; en vain il avait recommandé à tous ses condottieri, ses jeunes enfants, déclaré l’un, Jean-Marie, duc de Milan; l’autre, Philippe- Marie, duc de Pavie; le troisième, Gabriel-Marie, enfant naturel , seigneur de Pise; ses capitaines ne songèrent qu'à eux-mêmes, et s’enrôlèrent au service des ennemis des Yisconti ou s’enrichirent de leurs dépouilles. Ainsi Albéric de Barbiano passa à la solde des Florentins , Charles Malatesta de Rimini à celle du pape , del Verme à celle de Venise ; les autres ne combattirent les villes qui se révoltèrent que pour s’y emparer de la tyrannie , comme Facino Cane à Alexandrie, Ottoboni Terzo à Parme, Pandolfe Malatesta à Brescia. La veuve du tyran, Catherine, en essayant de se sauver par la cruauté dont son époux lui avait donné l’exemple , se perdit tout à fait. Le peuple de Milan exaspéré se souleva sous la conduite d’un capitaine qui la laissa mourir en prison, et ses deux fils à Milan et à Pavie ne gardèrent les titres de duc et de comte que sous le bon plaisir d’hommes de guerre ambitieux qui se supplantèrent l’un l’autre au milieu des plus affreux désordres , et firent de l’ancien duché de Milan une foule de petites tyrannies éphémères.

' Le moment était favorable pour les républiques. L’aristocratique Venise et la démocratique Florence saisirent cette occasion pour établir en Italie un peu d’ordre et d’unité au profit du principe libéral; elles tinrent malheureusement trop de compte de leur ambition. Venise ne voulait plus avoir à craindre un puissant voisinage ; elle n’empêcha pas seulement son ancien ennemi François Carrare, déjà maître de Vérone, de réunir les anciennes possessions des Scala aux siennes ; elle assiégea ce seigneur dans Padoue ,

le força à se rendre par trahison , le fit décapiter, ne trouvant pas de prison plus sûre pour le retenir que la tombe , et resta maîtresse du Padouan , du Vicentin et du Véronais, c’est-à-dire de tout le pays compris entre la Piave, les montagnes, le lac Garda, le Pô et les Lagunes, moins le Mantouan. Venise laissa d’abord leur constitution aux villes de Padoue, Vérone, Vicence, etc.; mais elle ne les respecta pas longtemps, et remplaça bientôt la tyrannie des Scala et des Carrare, sans songer qu’une bonne et forte alliance eût mieux valu qu’une domination contestée. À Florence, les Albizzi toujours dominants, usèrent d’abord assez bien du pouvoir. Ils continrent les Albertiet les Médicis; c’était leur droit; ils délivrèrent Sienne et guerroyèrent contre les pclits seigneurs des Apennins. Enfin ils tournèrent toute leur attention sur Pise, non pour la délivrer mais pour la soumettre. Gabriel Visconti, peu aimé des Pisans, attaqué par les Florentins, vendit la citadelle aux derniers. Cela n’eût pas suffi pour réduire les Pisans, si Jean Gambacorta, exilé, ne fût rentré dans la ville sous prétexte de rétablir son parti. Après avoir fait ses affaires comme défenseur du peuple, il vendit sa patrie (1406). Triste fin d’une république qui avait jeté tant d’éclat ; mémorable exemple de la liberté se dévorant elle-même en présence de la tyrannie prête à la saisir ! En Italie, les républiques regardant la vie politique comme une lutte, la liberté comme une conquête, ne se croyaient indépendantes que lorsqu’elle étaient maîtresses, et n’estimaient la victoire que lorqu’elles leur procurait la domination, sans s’apercevoir que par les triomphes d’une liberté égoïste, violente et usurpatrice elles préparaient elles-mêmes l’asservissement commun. Il fallut dépeupler, ruiner Pise, pour la soumettre ; lorsque l’herbe commença à pousser dans les rues, on put compter sur son obéissance.

Venise et Florence firent au moins un noble usage de leur influence nouvelle en cherchant à terminer le schisme qui éternisait les discordes. En 1406 un Vénitien, Grégoire XII, avait été donné pour successeur à Innocent VII par les cardinaux italiens avec la seule mission d’abdiquer. Les deux républiques insistèrent fortement auprès du nouveau pape ita-

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