CHAPITRE II
tercepta la navigation du Tibre. Les Romains, au lieu de se défendre, demandèrent d’abord la mort de Sérène, nièce du grand Théodose, veuve de Stilicon, qui fut lâchement livrée par le sénat; puis ils s’adressèrent à quelques magiciens toscans qui, avec l’agrément du préfet Pompéianus, prétendirent par des sortilèges attirer la foudre sur les barbares. Enfin la famine et la peste ayant commencé à décimer la population, les sénateurs abandonnés par Honorius, envoyèrent une ambassade au barbare. Alaric demandait d’abord tout l’or et tout l’argent des Romains. 11 cherchait à réduire cette foule au désespoir; car, plus l'herbe est serrée, disait-il, et mieux la faux y mord. Cependant il voulut essayer un moment de jouer le rôle de Stilicon, créer un nouvel empereur et se faire nommer par lui maître de la milice, puisque Honorius lui refusait ce titre.
C’était le rêve de tous les barbares de se trouver à la tête des forces de l’empire , pour le raffermir et le dominer. Alaric fit revêtir de la pourpre par le sénat, un certain Attale , se souciant peu de paraître le second , s’il était réellement le premier par la puissance. Le peuple romain, celui de Milan, et une partie de l’Italie, reconnurent le nouvel empereur et son maître de la milice. Après tout, les Visigoths, adoucis par un long séjour dans les provinces romaines , n’étaient pas plus gênants pour l’Italie que les mercenaires qui l’avaient défendue.
Mais un dissentiment religieux vint rompre cet accord. Alaric et ses Visigoths étaient de la secte d’Arius. Les Romains trouvèrent bientôt mauvais qu’Alaric , en accordant ses faveurs, ne tînt point compte des exclusions portées par Honorius contre les païens et les hérétiques. Quelques légions romaines, cantonnées dans plusieurs villes, à Bologne, par exemple, restèrent fidèles à l’empereur de Ravenne. Une partie des mercenaires, sous le commandement de Sarus, ennemi particulier d’ Alaric, refusa de reconnaître l’obscur sénateur sur les épaules duquel un barbare venait de jeter un lambeau de pourpre impériale, et les hostilités avec les Visigoths commencèrent. Enfin , à propos d’une expédition mal dirigée contre l’Afrique par Attale, qui trahissait
peut-être son maître de la milice, le nouvel empereur et Alaric se brouillèrent; le peuple romain se lassa d’un maître qui ne savait point lui assurer sa subsistance, redemanda Iîonorius, et refusa encore l’entrée de Rome au roi
visigoth.
Alaric, exaspéré de toutes ces difficultés, n’ecouta plus que sa colère; il fit dégrader Attale, et revint sous les murs de Rome résolu à en finir. Un grand nombre d’esclaves se réfugièrent d’avance dans son camp. Ceux qui étaient restés dan” la ville ouvrirent, dans la nuit du 24 août, la porte Salarienne ; et les barbares se précipitèrent, avides de sang et de butin , sur les pas des esclaves déchaînés qui donnèrent l’exemple du sac et des vengeances. Au milieu de cette épouvantable catastrophe , le feu consuma plusieurs monuments publics et particuliers, entre autres le palais de Salluste. Tous les habitants qui résistèrent furent massacres ; nombre de femmes, de celles même qui étaient consacrées à l’Église, outragées; les palais pillés; les statues des anciens dieux ou des empereurs, fondues ou brisées; l’or, l’argent, les chefs-d’œuvre, la soie et la pourpre entassés sur les chariots des Gotbs; une foule de captifs, torturés, mis à rançon, vendus ou gardés comme esclaves. Les Goths, selon l’ordre d’ Alaric ne s’arrêtèrent que devant les églises de Saint- Pierre et de Saint-Paul, où se pressait la foule des fugitifs comme dans un inviolable asile. Ainsi, l’an onze cent soixante-quatrième de sa fondation, tomba Moab, selon 1 nnnitovable expression de saint Jérôme, qui voyait toujours dans Rome, comme la plupart des chrétiens le centre du vieux monde païen. Elle est prise , s ecriait-il, du fond de sa solitude de Bethléhem, celle qui prit tout l’univers
Au bout de six jours Alaric arracha ses Goths a la famine qui les menaçait au milieu de Rome saccagée, et les conduisit avec leurs dépouilles vers le midi de 1 Italie. 11 avait le nroict d’aller mettre ses richesses en surete dans la Sicile, et de s’établir avec les siens dans cette contrée fertile ; mais arrivé en Calabre, il y fut frappé d’une maladie qui 1 emporta dans la petite ville de Cosenza. Les eaux du Busentin détournées de leur lit, pour que le corps d Alaric y fût en-