‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 151 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

lien , comme le roi de France auprès du pape d’ Avignon , Benoit XIII, pour les pousser tous deux en dépit de leur mauvais vouloir à une abdication commune. Mais un nouveau prince, Ladislas de Naples, qui prenait alors le rôle vacant de Jean Galéas et cherchait à entretenir au profit (le son ambition l’anarchie morale et politique de l’Italie, s’y opposa. Fils de Charles III de Duras, parvenu après une longue lutte à chasser les princes d’Anjou du midi de l’Italie, grandi au milieu des guerres civiles et des intrigues ; brave et ambitieux, il avait pris pour devise ces mots : Aut César, aut nihil, et il commençait à marcher par tous les moyens à son but. En 1408 il s’empara de Home et de quelques villes voisines par la trahison d’un Orsini , et persuadant à Grégoire XII qu’il agissait dans son intérêt, lui fit rejeter toute pensee d abdication.

Florence insista d’autant plus pour l’extinction du schisme ; elle offrit la ville de Pise pour point de réunion aux cardinaux des deux obédiences , et les y vit constitués en concile général avec les principaux prélats et ambassadeurs de la chrétienté (1409), en dépit de l’opposition des deux papes qui refusèrent de s’y rendre, et des hostilités de Ladislas qui pénétra jusqu’en Toscane à la tête de ses troupes. Le concile, selon le vœu général, déposa les deux pontifes comme hérétiques schismatiques, et élut à leur place le car* dînai de Candie sous le nom d’Alexandre Y. Mais il fallait mettre à exécution la sentence du concile ; Ladislas tenait Rome; Benoît Xlll, toujours reconnu par l’ Aragon, persistait dans la ville d’Avignon à garder la tiare, et Grégoire XII , réfugié sous la protection de Malatesta de Rimini , continuait à vivre en pontife avec l’argent que lui fournissait le roi de Naples.

Florence, bien qu’abandonnée par Venise, essaya de vaincre toutes les résistances; elle appela en Italie Louis II, comte d’Anjou, et le jeta sur Ladislas, elle prit à sa solde Braccio de Montone, gentilhomme de Pérouse, pour résister à Sforza Àttendolo , ancien paysan de Cottignola , envoyé contre elle par le Napolitain. Les condottieri commençaient à réunir entre leurs mains toutes les lorces militaires

de l’Italie ; le sort de la péninsule dépendait d’eux dans un pays partagé entre des républiques livrées entièrement au commerce, et un roi ou des seigneurs qui ne pouvaient se maintenir contre les factions qu’à l’aide de soldats mercenaires. Braccio de Montone rendit seul de véritables services à Florence; Louis II d’Anjou, reconnu par Alexandre V comme roi légitime de Naples, et mis en possession du gonfanon de l’Église , ne put s’emparer que du château Saint- Ange par la trahison; après ce facile exploit il se retira à Pise, puis en Provence pour y rassembler une autre armée. Braccio plus hardi, après avoir chassé Sforza de la Toscane, força les portes du reste de la ville le 2 janvier 1410, et après la mort d’Alexandre Y fit élire un nouveau pape à la dévotion des Florentins, sous le nom de Jean XXII I.

Louis II de retour fut encore moins heureux qu’à sa première campagne. Les Génois, qui venaient de secouer le joug de la France et de contracter alliance avec Ladislas, s’emparèrent d’une partie de sa flotte avec les chevaliers qui la montaient. Mécontents de leur allié , les Florentins , mal avisés cette fois, congédièrent Braccio, et firent la paix avec Ladislas qui leur livra Tortone. Ils faillirent avoir à s’en repentir. Le roi de Naples, battu d’abord par son rival à Rocca Seca, sur les bords du Garigliano, acheta le surlendemain les troupes de son vainqueur, et non cpntent de le forcer à sortir du royaume, reprit ses premiers projets, s’empara sur le pape, trompé par un traité, de la ville de Rome (1413), d’une partie du territoire de l’Église, et avec quinze mille hommes envahit de nouveau la Toscane. Florence allait avoir à faire la guerre sur de nouveaux frais si le roi n’eût succombé subitement à une maladie, suite de ses débauches (1414).

Z,ea deux condottieri Braccio de Montone et Sforzu Atteudolo ; le pape Martin V et la reine Jeanne II (lll4>l4tOj.

L’avénement de Jeanne II, reine laide et impudique, livrée à des scandales qui ne laissaient point de place à l’ambition, et la réunion du concile de Constance qui, pour rétablir décidément l’ordre dans l’Église, commença par

CUAPITRE XIII.

déposer les trois papes rivaux, promettaient un peu de paix à l’Italie. Dans la Lombardie Jean-Marie Visconti, qui ne s’était réservé du pouvoir laissé au condottiere tacino Cane que l’office de bourreau, et l’exerçait en faisant la chasse des criminels aux chiens courants , était mort deux années auparavant en même temps que Facino Cane. Son frère, Philippe-Marie, satisfait jusque-là de la seule ville de Pavie, succédait au titre de son frère ainsi qu’à la puissance de Facino Cane, dont il épousa la veuve et recueillit l’armée; mais il était trop occupé de reconstituer le duché de Milan pour avoir le loisir de regarder au delà. Venise, décidément héritière du commerce de Gènes, malgré ses vingt-cinq mille matelots et ses trois mille vaisseaux tant de guerre que de commerce, commençait à redouter les progrès des Turcs en Orient, et dirigeait toutes ses forces de ce côté pour défendre Négrepont et Candie attaqués par le sultan Mahomet. Florence, maîtresse de presque toute la Toscane, entre Lucques, dominé par Paul Guinigi , et Sienne toujours tourmentée par les factions des bourgeois et du peuple , était disposée , après tant d’agitations , à jouir en paix de la prospérité que lui assurait l’administration de l’oligarchie guelfe; et deux honnêtes citoyens, Maso Albizzi et Ussano, assez éclairés et libéraux pour admettre bientôt au partage du pouvoir des adversaires longtemps repoussés, entre autres Jean de Médicis, assez désintéressés même pour adopter un mode d’élection , imborsamento , qui laissait presque au sort le choix des magistrats, promettaient une paix durable.

En l’absence d’un pape et d’un roi , à la faveur des préoccupations ou de l’effacement de deux grandes républiques, les condottieri occupèrent la scène; ils crurent le moment venu puisque les querelles s’apaisaient , et qu’il n’y avait plus rien à gagner par la guerre, de profiter des forces militaires dont ils disposaient pour se faire quelque principauté; les États de l’Eglise étaient là sans maître. Les Manfredi à Faenza, les Ordelaffi à Forli, les Malatesta à Rimini en tenaient déjà chacun un morceau , ils semblaient tout préparés pour être mis en pièces. Parmi ces chefs, deux étaient premier rang, Braccio et Sforza, qui différaient autant

par leur origine que par leur tactique militaire. Le premier, gentilhomme de Pérouse, à la tète de petits corps qu’il s’était efforcé de rendre maniables et mobiles , harcelait les ennemis avec toutes les ruses et tous les pièges delà politique italienne transportés dans l’art militaire; le second, brave paysan qui avait quitté la bêche pour l’épée, remarquable par sa force herculéenne, avait su donner de la solidité et de l’aplomb à ses fortes compagnies : il attaquait d’ensemble ses adversaires et emportait la victoire par masses. Braccio occupait et gouvernait Bologne, que le pape Jean XXIII lui avait donné en dépôt. Sforza tenait garnison dans Rome, et dans un grand nombre de châteaux des États de l’Église , sur les territoires de Sienne et du royaume de Naples. Braccio de Montone, le premier, rendit leur liberté aux Bolonais pour attaquer Pérouse , sa patrie , d’où il avait été exilé fort jeune; il battit Malatesta que les Pérousins avaient appelé , grâce au secours de ses capitaines les plus vaillants, Tartaglia et Piccinino, entra dans Pérouse (1416), et en fit le centre d’une principauté qu’il arrondit des villes de Todi, Rieti, Narni et autres. Le paysan de Cottignola avait des visées plus ambitieuses. Maître de Rome, il voulait être grand connétable de la cour de Naples avant de réaliser ses plans. 11 jeta sans vergogne sa glorieuse épée au milieu des honteuses querelles de la reine Jeanne et de son nouvel époux, Jacques deBburbon, comte de la Marche, qui ne prétendait pas jouer le second rôle comme époux et comme roi ; il se déclara pour la reine , et épousa la sœur de Pandolfello Alopo , un de ses favoris , qui lui apporta une immense fortune. Il faillit la payer cher. Jeté en prison pat- Jacques de Bourbon , privé de ses dignités et de ses biens dans le royaume , il apprit encore que Braccio de Montone , oubliant la courtoisie déjà en usage entre les chefs de guerre, attaquait ses domaines dans les États de l’Église , et mettait sans façon la main sur la ville des papes où il nomma un sénateur. Sforza se tira de cette situation critique cependant; il excita une émeute dans Naples du fond de sa prison, se fit délivrer, et contraignit Jacques de la Marche à rendre à Jeanne II le trône et la liberté de choisir un nouveau fa-

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