CHAPITRE XIII
vori. Ce service lui valut le titre de grand connétable du royaume; il marcha aussitôt sur Rome, pénétra dans le château Saint-Ange grâce à un des cardinaux qui le défendait, et chassa son rival de la ville où il nomma lui-même le sénateur.
L’arrivée du pape Martin Y définitivement élu par le concile de Constance, pour terminer le schisme (1418), coupa court à cette singulière lutte de deux chefs de bande au sujet de la capitale de la chrétienté. Au moment où l’unité tendait à se rétablir dans l’Église, il eût été singulier qu’un condottiere héritât des dépouilles temporelles du saint-siège. Accueilli avec empressement par la république de Florence, qui croyait de son intérêt et de celui de l’Italie d’aider le saint— siège à reconquérir les États pontificaux , Martin V déploya une adresse qui eut un plein succès. 11 jeta d’abord Sforza sur Braccio, et ne confirma à ce dernier, battu, la possession de ses fiefs, qu’à la condition qu’il lui soumettrait de nouveau Bologne; il appela en Italie le jeune Louis III d’Anjou contre la reine Jeanne pour faire diversion , et donna même pour auxiliaire à celui-ci Sforza , qu’il détacha de la reine par quelques concessions de territoire. Jeanne, toujours en quête d’un protecteur, appela et adopta Alphonse V roi d’Aragon ; l’arrivée de celui-ci qui prit la défense du château Neuf et du château de l’OEuf, et acheta Braccio, avec la principauté de Capoue, força Louis III et Sforza d’abandonner leurs projets. Mais le pape atteignit son but ; il parvint à rentrer dans Rome à la faveur de cette diversion, et commença l’œuvre de la restauration du pouvoir pontifical en Italie. La politique du chef de l’Église avait brisé l’épée des deux condottieri.
Philippe-Marie reconstitue le duché de Milan; le condottiere Carnntgnola (14t«-1431J.
Mais juste en même temps que la papauté, se trouva restaurée aussi la puissance des Visconti en faveur de Philippe- Marie, héritier de cette politique constante dans la perfidie et le crime qui paraissait comme l’apanage de sa famille. Un soldat que celui-ci avait distingué pour sa bravoure le jour
même où il s’était emparé de Milan, François Carmagnola était l’instrument de cette restauration ; mis à la tête de ses troupes, il lui avait successivement reconquis toutes les villes et châteaux précédemment distraits de sa succession , Lodi pris sur Jean de Vignate, Pavie sur Beccaria, Brescia sur un Malatesta, Bergame, Crémone, Parme, Côme sur d’autres, Plaisance enfin, dont il enleva tous les habitants, et qu’il laissa pendant une année dans une solitude qui effraya son ancien maître. Maintenant teint du sang de sa femme , Beatrix Tenda, qu’il avait fait décapiter comme adultère pour se débarrasser du fardeau de la reconnaissance, Philippe -Marie, ce tyran si laid qu’il craignait de se montrer aux hommes et au jour, si timide qu’il tremblait au bruit du tonnerre, recommençait par des entreprises sur Gènes à menacer l’indépendance de l’Italie. La ville de Florence qui convoitait le port de Livourne. Mors au pouvoir des Génois, eut le tort de fournir trop tard à ceux-ci les secours qu’ils demandaient pour les forcer à lui vendre ce port précieux pour son commerce. Peu de jours après, enveloppés sur terre par Philippe-Marie, sur mer par Alphonse V d’Aragon, allié du premier, les Génois furent obligés de proclamer seigneur le tyran milanais aux mêmes conditions qu’autrefois le roi de France, et de recevoir de sa main pour doge son capitaine, François Carmagnola (1421).
Jean de Médicis et Maso des Albizzi, auteurs de la paix intérieure de Florence, et partisans de la paix au dehors, commencèrent cependant à se repentir quand ils sentirent partout la main de Philippe-Marie; ils songèrent à entraver ses projets. Dans la même année (1423) le tyran chargeait au nord Carmagnola de conquérir la vallée Lévantine ; au centre , il faisait attaquer dans la Romagne Bologne , Imola , Forli, par Ange de la Pergola; au midi enfin1, où Jeanne II et Alphonse d’Aragon venaient de se brouiller, il envoyait sur une flotte génoise le condottiere Guido Torello au secours de Jeanne contre son ancien allié.- Tout lui réussit. Carmagnola battit trois mille Suisses malgré leur héroïque résistance à Arbedo, et s’assura de la vallée convoitée par son maître; Ange de la Pergola fit prisonnier à Zagonara