‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 153 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Charles Malatesta , chargé par les Florentins de défendre la Romagne, et surprit Imola , puis Forli. Dans le royaume de Naples, la reine Jeanne avait adopté Louis 111 d’Anjou à la place d’Alphonse, et s’était rattaché Sforza pour l’opposer à Braccio, pris au service d’Alphonse V. Sforza, qui voulait opérer sa jonction avec Jacques de Cardone, se noya au passage du fleuve Pescara en cherchant à sauver un de ses compagnons. Mais Jacques de Cardone battit complètement et tua Braccio à la bataille d’Aquila, dont le résultat força Alphonse à sortir du royaume de Naples (1424).

Les Florentins agirent alors 'comme aux jours des grands dangers; ils instituèrent une commission des Dix de la guerre, firent alliance avec le roi d’Aragon, et appelèrent tous les condottieri qui avaient servi sous Sforza ou Braccio. Mais ils furent battus partout, sur terre et sur mer, dans six engagements successifs : ils songèrent enfin à Venise, qui venait de s’assurer du Frioul et de la partie de l’Istrie dépendante du patriarcat. Occupée en Dalmatie et en Albanie contre les vassaux du roi de Hongrie, Venise ne paraissait point disposée à engager une nouvelle lutte contre le duc de Milan. En vain son nouveau doge Foscari désirait la guerre ; les dernières exhortations du doge Lorédan étaient encore toutes-puissantes sur le sénat; en vain l’ambassadeur florentin, mêlant les reproches à la menace, dit au grand conseil : « Votre lenteur, en sacrifiant Gènes, a fait Philippe duc de Lombardie; en nous sacrifiant, vous allez le rendre roi d'Italie; prenez garde, s’il faut nous soumettre, que nous ne le fassions empereur. » Le sénat ne céda qu’aux instances de Carmagnola.

D’abord bien traité par Philippe-Marie dont il avait fait la grandeur, adopté par lui et devenu son gendre , le condottiere Carmagnola vit peu à peu son crédit baisser et ses services méconnus d’un maître ombrageux qui lui défendit même son approche. 11 jura de se venger; d’abord il se rendit à la cour du duc de Savoie, Amédée, pour l’engager à prévenir les attaques méditées par Philippe-Marie contre lui, puis il vint offrir ses services à Venise, et parvint à décider Foscari et la république1 à faire alliance avec Flo-

rence, le duc de Savoie, le duc de Ferrare et le roi d’Aragon (1426).

Pour résister à cette ligue formidable Philippe-Marie rassembla autour de lui tous les condottieri renommés, Charles Malatesta, Nicolas Piccinino, Guido Torello et le jeune François Sforza , qui ne paraissait pas devoir être inférieur à son père. Mais Florence fournit des sommes considérables aux alliés ; elle mit sous le nom de cadastre un impôt sur le revenu de ses citoyens , et Carmagnola fit passer la victoire de son côté. Tandis que les Vénitiens brûlèrent près de Crémone , après un combat acharné , une flotte équipée sur le Pô par le duc de Milan , le célèbre condottiere s’empara de Brescia et de son territoire, et défit complètement à Macalo l’armée milanaise divisée par les jalousies de ses chefs (1427). Philippe-Marie demanda la paix (1428) ; il céda aux Vénitiens la limite de l’Adda, et de plus le Brescian et le Bergamasque, et promit à Florence de ne point se mêler de la Toscane; en réalité, il n’attendait qu’une occasion de se venger.

L’année suivante en effet, Martin V ayant excité par ses exactions la révolte de Bologne, et Florence tenté de profiter des troubles de Lucques qui venait de chasser son tyran Guinigi, il reprit les hostilités. Un de ses condottieri, Piccinino, défit en 1430, sur les bords du Serchio, les Florentins qui avaient voulu détourner le fleuve sur les murailles de Lucques pour y entrer à sa suite par la brèche. En 1431, Sforza assaillit Carmagnola près de Soncino, lui prit seize cents hommes, le suivit sur les bords du Pô, où il allait couvrir une flotte vénitienne qui s’avançait sur Crémone, le trompa en feignant de lui offrir la bataille et fit passer une partie de ses soldats sur la flotte milanaise , qui détruisit en partie celle des Vénitiens.

Carmagnola fut la seule victime de cette défaite; les deux procurateurs vénitiens qui l’accompagnaient sans cesse le tenaient pour suspect depuis que Carmagnola , après la victoire de Macalo, avait, par une courtoisie habituelle aux condottieri , rendu la liberté à tous ses prisonniers. Le condottiere avait plus d’une fois blessé la noblesse vénitienne. » C’étaient, avait-il dit, des superbes dans la guerre et des lâ-

Page 1