CHAPITRE XIII
ehes dans la paix. » Le conseil des Dix, après la bataille de Crémone, crut voir une trahison où il n’y avait qu’une faute ; il manda Carmagnola sous prétexte d’arrêter avec lui un plan de campagne, le fit recevoir avec honneur aux portes du palais du doge , puis saisir, mettre à la torture et décapiter sur la place Saint- Marc, un bâillon dans la bouche, sans qu’on produisit jamais rien pour expliquer cette perfide et mystérieuse exécution (1432).
Nouveau schisme ; Angevins et Aragonals; guerres de l*hf- Ilppc-Marle contre Venise, Florence et Naples (I4SM14I).
Malgré les chances que pouvait lui offrir la mort d’un aussi redoutable ennemi , le duc de Milan signa à Ferrare un traité de paix avec Venise et Florence. Il espérait tirer meilleur parti des événements qui surgissaient alors en Italie.
Le pape Eugène IV, successeur de Martin V, depuis 1431, avait été obligé de laisser ouvrir à Bâle le concile convoqué par son prédécesseur, mais était vite entré en lutte ouverte avec cette assemblée, et mettait tout en œuvre pour entraver les réformes qu’elle préparait. Les pères du concile le sommaient alors de comparaître par-devant eux, et le menaçaient sur son refus de déposition.
A Florence , la concorde que Maso des Albizzi et Jean de Médicis avaient fait régner longtemps entre les partis aristocratique et démocratique, les arts majeurs et les arts mineurs, était rompue par leur mort et l’arrivée au pouvoir de leurs deux fils Renaud et Cosme. Mécontent des critiques de Cosme, jaloux surtout de l’influence que celui-ci gagnait dans Florence par la libéralité avec laquelle il usait de ses immenses richesses en faveur des savants et des artistes, Renaud des Albizzi voulut profiter ( 1432) de l’introduction de quelques-uns de ses partisans dans la seigneurie pour se débarrasser de son rival. Cosme mandé devant la seigneurie pour répondre sur sa conduite, fut jeté dans la tour de l’Horloge, puis une balie nommée par le peuple à l’instigation de Renaud rendit contre lui et ses principaux amis une sentence d’exil (1433). Mais l’année suivante laseigneu-
rie recomposée plus favorablement pour les Médicis, provoqua, sur la demande des nombreux clients de Cosme, une autre balie qui rappela l’exilé pour envoyer à sa place Renaud et les siens, et Cosme, rentré triomphalement, reçut les titres . de bienfaiteur du peuple et de père de la patrie.
Enfin dans le royaume de Naples la mort de Jeanne II léguait au midi de l’Italie une guerre de succession que ses caprices avaient déjà préparée de son vivant. Les Napolitains se déclaraient pour Réné d’Anjou, le plus proche héritier de Louis III, mort récemment en Calabre ; Alphonse V, roi d’Aragon et de Sicile, appelé par le duc de Suessa et le prince de Tarente, venait réclamer la succession de son côté et mettre le siège devant la ville de Gaëte ; et la lutte commençait.
La péninsule était juste dans l’état où pouvait la désirer Philippe-Marie. La vipère milanaise aimait et trouvait profit à faire serpenter sa politique perfide et venimeuse au milieu de l’anarchie. Philippe-Marie envoya dans les Etats de l’Eglise François Sforza et Forte Rraccio, sous prétexte d’exécuter les arrêts du concile; il fit partir de Gènes pour agir de concert avec Réné d’Anjou, l’amiral Biaise d’Assereto avec une flotte, et enfin promit de secourir les Albizzi exilés contre les Médicis. Le pape Eugène IV, pris entre les deux condottieri et une révolte des Romains , fut obligé de s’enfuir de Rome à Florence. L’amiral Biaise d'Assereto, parti de Gènes, atteignit le flotte aragonaise devant file de Ponza, là battit complètement, fit prisonnier le roi d’Aragon avec ses deux frères et les ramena triomphant à Milan (1435). Florence seule arrêta le tyran ; Cosme de Médicis se liguant avec Neri Capponi, habile capitaine et adroit politique, convoqua un parlement pour créer une balie qui lui permit de remplir les bourses des magistratures des noms de ses amis et d’exiler tous ses ennemis. Il prit alors à sa solde Sforza, le reconcilia même avec le pape, qui lui donna la marche d’Ancône en fief, à la condition de lui reconquérir les États de l’Église; et grâce à ce condottiere, Florence fit essuyer à Piecinino, envoyé contre elle, la défaite de Barga qui changea tout le plan de Philippe-Marie (1437).