‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 155 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

On le vit tout à coup rendre la liberté au roi d’Aragon après l’avoir généreusement traité, lui fournir des secours pour rétablir ses affaires aux dépens de Réné, et lui-même conclure une trêve de dix ans avec Sforza et les Florentins pour concentrer ses forces contre les États de l’Église où il lit soulever Bologne, et contre Yenise à qui il chercha à enlever le territoire précédemment cédé au delà de l’Adda. Ce revirement tourna contre lui. Les Génois avaient, par une vieille haine contre les Catalans, embrassé avec enthousiasme la guerre contre Alphonse qui leur avait enlevé la Sardaigne et avait aidé Visconti à les soumettre tout récemment. Quand ils surent Visconti réconcilié avec l’Aragonais, ils se soulevèrent à la voix d’un de leurs concitoyens, Spinola, contre Trevelino leur gouverneur; ils chassèrent la garnison milanaise et se remirent en liberté. D’un autre côté, à la nouvelle que Piccinino, le plus fidèle des condottieri de Visconti, pressait étroitement Brescia, couvrait de soldats le territoire de Vérone et isolait du continent Venise qui commençait à désespérer, Florence devina tous les desseins de Visconti et comprit son devoir; elle reprit à son service Sforza, tenu d’ailleurs par son traité avec le pape à garantir les États de l’Église, et recommença la guerre en 1439 au nord de l’Italie, tandis que Réné d’Anjou, récemment arrivé dans la ville de Naples, et Alphonse, débarqué de nouveau sur les côtes du royaume, en venaient aussi aux mains au midi .

Le renouvellement du schisme vint mettre le comble à la confusion. Eugène IV, déclaré contumace par les pères de Bâle, convoquait alors à Ferrare, puis à Florence (1439) un concile rival; tandis qu’il y rassemblait des prélats romains et italiens, et devant l’empereur d’Orient Paléologue et des députés du clergé grec , y faisait déclarer après une longue et savante discussion théologique la réunion des deux Églises, les pères de Bàle prononçaient sa déposition et élevaient à sa place le vieux duc de Savoie, Amédée VIII sous le nom de Félix V. Naturellement les puissances belligérantes en Italie prirent parti selon leur intérêt daps le nouveau schisme : le duc de Milan et Alphonse d’Aragon pour Félix V ; Yenise, Florence, Réné d’Anjou pour Eugène IV.

LE GRAND SCHISME; LES CONDOTTIERI, ETC. 30 i

Les deux condottieri Sforza et Piccinino furent chargés surtout de trancher la querelle politique et religieuse. Le premier, décidé à sauver Brescia et Vérone, conduisit son armée par les montagnes au centre même des opérations de Piccinino, le battit à Penna, au nord du lac de Garda, et reprit Vérone un instant tombée au pouvoir de son ennemi. Piccinino, l’année suivante (1440), essaya vainement d’arracher son adversaire de la Lombardie en se jetant sur la Toscane. Cosme et Neri Capponi recommandèrent à Sforza de ne pas abandonner la défense du territoire vénitien ; ils reçurent Piccinino avec une nouvelle armée de condottieri soudoyés par la république et par le pape, et le forcèrent à rebrousser chemin après l’engagement d’Anghiari, où les soldats des deux partis se ménagèrent au point que, selon Machiavel, il n’y eut qu’un homme de tué après un engagement de dix heures. Il était alors répandu plus d’argent que de sang dans les guerres italiennes; la diversion de Piccinino n’eut d’autre résultat que de permettre à François Sforza de chasser les Milanais du nouveau territoire vénitien et de menacer bientôt celui de Visconti.

Pressé par François Sforza et par les exigences de ses propres capitaines qui voulaient profiter de sa détresse pour vendre trop chèrement leurs services, le duc de Milan crut se tirer encore d’embarras par un de ces brusques retours qui lui étaient habituels. Il désarma Sforza en lui donnant en mariage sa fille Blanche avec les seigneuries de Crémone et de Pontremoli, et le fit arbitre entre lui et les deux républiques. Sforza leur dicta la paix de Capriana (1441). Mais comme toujours , Philippe-Marie en traitant dissimulait une arrièrepensée de vengeance, et sous la paix cachait une guerre nouvelle. 11 n’avait fait entrer Sforza dans sa famille et ne l’avait accablé de biens que pour le mieux perdre. Sous prétexte de faire sa fortune, il envoya son nouveau gendre dans le midi où Alphonse pressait vivement dans Naples le roi Réné, et d’ailleurs lui enlevait ses fiefs à lui-même; puis aussitôt qu’il le vit éloigné, il se déclara en faveur d’Alphonse, lui envoya des secours, se réconcilia avec le pape, auquel il offrit Piccinino pour reconquérir la marche d’Ancône, et

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