‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 156 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

accabla ainsi son gendre sous une ligue des princes italiens (1442).

Ce fut la fortune du grand Sforza. Le fils du paysan de Cottignola n’était pas le premier des condottieri qui eût rêvé de faire servir ses talents et sa puissance militaire à la fondation d’une principauté particulière en Italie. Déjà seigneur d’Ancône au centre, de Crémone et de Pontremoli au nord , possesseur de fiefs nombreux à Naples, il approchait du but plus qu’aucun de ses prédécesseurs. Attaqué de tous côtés , même par la perfidie et la trahison qui se glissaient jusque dans son camp, il résolut de ne plus se mettre à la merci d’autrui, et montra qu’il était digne de tenir la place d’un des princes conjurés contre lui. Forcé d’abandonner la cause de Réné d’Anjou qui perdit bientôt Naples et son royaume , dépouillé de ses fiefs dans le midi, il concentra toutes ses forces dans la Marche où il fut poursuivi par Alphonse et par Piccinino, et se défendit par des prodiges d’énergie, d’habileté et d’audace. Deux de ses lieutenants le trahirent pour passer à son ennemi ; il sut les rendre suspects à Alphonse. Piccinino et ses deux fils entrèrent un instant dans la Marche ; il favorisa à Bologne une révolte des Bentivoglio qui se mirent à la tête de la république. Infatigable, même dans l’hiver, il surprit à Monte Lauro le condottiere Piccinino, puis ses deux fils à Mont’ Olmo (1444), et par ces deux victoires fit mourir de chagrin le premier capitaine des Visconti. Au commencement de la campagne suivante, il se défit d’un de ses lieutenants, que de secrètes pratiques allaient pousser à une trahison, s’attacha Frédéric, seigneur de Montefeltro, et installa son frère Alexandre dans la seigneurie de Pesaro.

Cependant surpris par le manque d’argent, au milieu d’une révolte générale de la Marche et en face des armées de ses ennemis, il allait succomber. Venise et Florence, prenant occasion de l’attaque de Crémone et de Pontremoli par Visconti , résolurent de sauver un capitaine qui eût laissé après sa chute Visconti et Alphonse trop puissants; elles recommencèrent contre Philippe-Marie l’ancienne guerre un instant suspendue. Attaqué jusque dans

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ses États par les troupes des deux républiques, Philippe- Marie se rejeta dans les bras de son gendre, et l’appela à son secours en lui promettant pour le décider sa succession même. François Sforza, avec l’assentiment de Cosine de Médicis, son banquier depuis longtemps en relation avec lui, se mettait en route pour secourir son beau-père, lorsque la mort simultanée de Pbilippe-Marie et d’Eugène IV fit tourner les choses tout à fait à son profit (1447).

François Hfor/.a. duc de milan, tourne de médicla, maître de Florence, ftflcolaa X et Hlefano Porcaro (I4IM4SS).

L’élection de Nicolas V par les cardinaux siégeant à Rome termina le schisme. Les pères assez peu nombreux du concile de Bille, transféré maintenant à Lausanne , après avoir tout mis en œuvre pour empêcher l’exaltation du nouveau pape, n’eurent bientôt plus qu’à se disperser. Félix V en faisant acte de soumission fut heureux de garder le titre de cardinal-légat en Allemagne , et tout prétexte fut enlevé aux ambitions qui prétendaient se satisfaire aux dépens des États de l’Église. En Lombardie, l’ouverture de la succession de Philippe-Marie, mort sans héritier légitime, tourna toute l’attention de ce côté. Le duc de Milan avait fait quatre testaments contradictoires. Alphonse V, roi de Naples, s’appuyant sur un de ces testaments, le duc d’Orléans sur les droits de Valentine Visconti mariée à son père, François Sforza sur ceux de sa femme, s’apprêtaient à se disputer cette succession. Quatre citoyens milanais, dont un Trivulzio et un Lampugnani , pensèrent que le peuple rentrait dans ses droits au milieu de ce conflit ; ils le soulevèrent et rétablirent la république.

Cette forme de gouvernement dura peu dans la capitale de la Lombardie. Toutes les cités voisines , Pavie , Lodi , Parme, Tortone avaient imité la métropole, au grand déplaisir de celle-ci qui prétendait les tenir sous le joug en redevenant libre. Venise, aussi jalouse de la république milanaise que du seigneur qu elle remplaçait, ne voyait dans les difficultés d’un gouvernement nouveau qu’une occasion favorable pour s’agrandir encore au delà de l’Adda,

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