CHAPITRE XIII
et continuait ses agressions en s’emparant de Plaisance. Obligés dès les premiers jours de leur indépendance de contenir les uns et de se défendre contre les autres, les Milanais s’exposèrent à un autre danger en traitant avec Sforza et sa brillante armée.
Ce puissant condottière consentit à se mettre au service de ceux dont il avait voulu faire ses sujets dans l’espoir d’arriver par ce moyen même à son but. Dépouillé de tout ce qu’il possédait dans le domaine pontifical et au midi, maître seulement de Crémone et de Pontremoli au nord, n’ayant plus aucun prétexte de s’immiscer dans les affaires de l’Église, il ne pouvait se faire une principauté qu’en Lombardie. Son nom seul maintint dans la fidélité quelques villes prêtes à se détacher de Milan ; d’autres, comme Pavie, préférèrent se donner à lui que de retourner à la métropole, et il les accepta. Son lieutenant Coleoni repoussa quelques troupes françaises du duc d’Orléans qui voulaient entrer dans le Milanais en s’emparant d’Asti; lui-même assiégea Plaisance, la pressa vivement malgré les tentatives que fit sur le Milanais un condottiere de Venise, la prit et la livra à un sac dont elle ne s’est jamais bien relevée. Milan commençant à se méfier de ses intentions, profita des premières défaites de Yenise pour entamer avec elle des négociations. Sforza fut assez puissant pour les rompre et continua la guerre. II enleva aux Vénitiens tout ce qu’ils possédaient sur la rive droite de l’Adda , brûla leur Hotte sur le Pô près de Casai Maggiore , et remporta sur eux en septembre 1448 une dernière victoire à Caravaggio, où il fit prisonnière presque toute leur armée. Les Vénitiens étaient complètement découragés; il leur offrit alors la pîlix en son nom, leur confirma la possession de Brescia avec le Bergamasque et leur promit Crème et la Ghiara d’Adda , à condition qu’ils l’aideraient h conquérir Milan contre laquelle il se tournait maintenant.
La nouvelle république se vit dans le plus grand danger; parmi les condottieri à sa solde plusieurs abandonnèrent son service pour s'attacher à la fortune d’un soldat heureux; parmi les villes. Plaisance, Tortone, Alexandrie
allèrent elles-mêmes au-devant du sort qui les attendait ; Milan s’adressa au duc de Savoie, aux Florentins, au pape. Le duc de Savoie lui envoya quelques soldats, mais pas assez pour la sauver. Le nouveau pape Nicolas Y était tout occupé de restaurer le pouvoir pontifical dans les murs de Rome aux dépens de la commune. Il semblait de l’intérêt de Florence de favoriser l’affermissement d’une nouvelle république en Italie. Mais cette ville n’était plus libre de pratiquer la politique qu’elle avait précédemment suivie. Cosme de Médicis , après avoir dominé la république de concert avec NeriCapponi, était parvenu à neutraliser le crédit de son allié, et gouvernait maintenant seul et presque sans contrôle. Neri Capponi, qui ne pouvait pardonner à Médicis d’avoir fait saisir et jeter par les fenêtres du palais de la seigneurie un de ses partisans, essaya de se relever en entraînant les Florentins dans le parti des Milanais. Mais Cosme, lié avec le condottiere auquel il avait souvent fourni de l’argent, disposa les Florentins en sa faveur, et lui fit encore passer des sommes considérables en dessous main pour assurer l’exécution de ses desseins. L’argent et le fer, le fils d’un foulon et celui d’un paysan , s’unirent pour porter le dernier coup à la liberté.
Les sacrifices et le courage des Milanais furent insuffisants. Sforza battit les troupes du duc de Savoie, s’empara de Crème, de Lodi, et réduisit bientôt Milan à ses murailles; Venise se ravisa , mais trop tard , à la pensée d’avoir un voisin aussi puissant que Sforza ; elle voulut faire conclure une paix qui accordait à la république milanaise le territoire compris entre l’Adda, le Tésin, le Pô, les Alpes, et à Sforza sept des plus grandes villes de la Lombardie avec leurs provinces. Le condottiere feignit d’accéder à ces conditions et retira quelque temps ses troupes pour laisser les Milanais épuiser leurs provisions en ensemençant leurs terres ; puis il revint sur ses pas, intercepta tous les convois de vivres, battit les troupes envoyées au secours de Milan par les Vénitiens mécontents, et serra la ville de si près que le peuple affamé s’empara du palais public, ouvrit les portes au vainqueur, et le laissa prendre sur l’autel de la cathédrale de