CHAPITRE II
terré, et rendues ensuite à leur cours naturel , dérobèrent à la postérité la tombe du barbare.
I.c niiniMtrp ConNtnntiiis et lu princesse lMaciitic '111*4(3).
Ataulf, beau-frère d’Alaric, qui l’avait rejoint avec une armée de Goths quelque temps avant la prise de Rome, fut proclamé chef ou roi de la nation qui était maintenant maîtresse de l’Italie. Avec moins d’audace barbare , celui-ci avait une plus grande intelligence politique de l’état de l’empire. Après la malheureuse tentative faite par son prédécesseur, avec Àttale, pour raffermir l’État romain par les Goths, il s’était persuadé que la turbulence et la nature capricieuse des barbares ne les rendaient point propres à cette œuvre. Il renonça à des illusions qu’il avait caressées , dans son admiration pour le monde romain, et il n’eut d’autre but que d’obtenir pour lui et son armée un établissement solide dans une province de l’empire.
D’un autre côté, le nouveau ministre d’Honorius, Constantius, homme de courage et de prudence, comprenant l’impossibilité de chasser les barbares entièrement, ne songeait qu’à les faire passer aux extrémités, pour sauvegarder le centre, et à les établir dans les plaines, pour rester maître des montagnes et pouvoir les surveiller.
Placidie, sœur d’Honorius, femme belle et ambitieuse qui était restée prisonnière d’Alaric dans le sac de Rome, et qui avait touché le cœur d’ Ataulf, facilita la négociation entre la cour impériale et les Goths. Sur la proposition de Constantes, Ataulf évacua la péninsule, en 412, épousa Placidie à Marseille, débarrassa la Gaule des usurpateurs qui y contestaient l’autorité romaine et poursuivit même, au delà des Pyrénées, les Vandales, les Alainset lesSuèves. L’adroit calcul d’un Romain et la passion d’un barbare sauvèrent encore une fois la péninsule.
Ce succès rendit naturellement Constantius tout-puissant à la cour. Après la mort d’Ataulf, il obtint la main de Placidie, qui voulait d’abord résister aux ordres de l’empereur et refusait de descendre d’un roi à un ministre, mais qui se résigna enfin à dominer son frère et son époux. Le
DISSOLUTION ET CHUTE DE L ËMl’IBE D’OCCIDENT. 2,1
ministre fit de son autorité un habile usage. En Italie , il diminua pendant cinq ans le tribut des provinces de Campanie, de Toscane, de Samnium , d’Apulie et de Calabre, tant l’épuisement était grand ; il repeupla Rome, en y assurant par des distributions gratuites la subsistance delà population affamée des environs, sans songer cependant qu’il augmentait encore la désertion des campagnes. Dans les provinces il châtia la révolte du comte d’Afrique, Héraclien, qui avait audacieusement débarqué sur la côte du Latium ; mais il confirma , après l’établissement de Wallia , chef des Goths dans l’Aquitaine, celui des Burgondes, dans la Séquanaise, entre la Saône et le Jura; souffrit celui des Francs dans le pays de Tongres, et laissa les populations armoricaines proclamer leur indépendance ; toute son ambition , puisqu’il fallait renoncer à la domination de l’Occident , était de garder l’Italie intacte et puissante, en préparant insensiblement et avec ordre le démembrement de l’empire. Il méritait et il obtint, après la naissance de Valentinien , son fils, qu’Honorius, sans héritier , l’associât à l’empire, avec le titre d’Auguste pour lui, et d'Augusta pour sa femme Placidie. L’Italie eût été heureuse de trouver toujours un empereur qui sût si bien faire, à son profit, la part du feu.
I/cnipercur Valentinien et le barbare Vctlu* (4*5-15*'.
La mort de Constantius, en 421, replongea l’Italie dans dé nouveau* désordres. Honorius et Placidie passèrent d’une excessive amitié à une telle haine, que celle-ci fut forcée de quitter Ravenne et de se réfugier à Constantinople auprès de l’empereur Théodose II, avec son fils Valentinien. Resté seul, Honorius encouragea par sa faiblesse toutes les ambitions. À sa mort, 423, son héritier désigné, Valentinien 111 , était absent; Jean, premier secrétaire ou primicier de l’empereur , essaya de revêtir la pourpre , en s’appuyant sur les mercenaires et sur le maître général de la milice, Castinus; c’était encore trop tôt. L’empereur d’Orient Théodose confia une armée à Ardaburius et à Aspar, pour rétablir le jeune Valentinien HL Jean chargea en vain Aétius, officier romain d’origine barbare, qui avait longtemps vécu chez les Huns,