‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 160 sur 347 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

dans ses moyens, prompte et terrible dans ses répressions, assurait partout l’ordre et l’obéissance ; une même surveil- , lance et une même terreur pesaient sur toute la hiérarchie administrative, depuis le doge, les Dix et le sénat jusqu’aux recteurs des provinces, aux généraux et aux ambassadeurs, sans excepter le secret tribunal qui était la pierre triangulaire de tout le système , et qui avait pris ses précautions contre lui-même. Le doge Foscari, depuis trente-quatre ans à la tête de la république , mais pour sa gloire et ses services jalousé de la noblesse, était la première victime de ce redoublement de méfiance aristocratique. Son fils, mis à la torture et exilé sur une vague dénonciation , venait de se faire prendre en défaut par le conseil, pour obtenir, à l’aide d’un nouveau procès et de tortures nouvelles, de mourir au moins dans sa patrie après avoir embrassé son vieux père et ses enfants. Le tribunal , malgré la conduite stoïque du doge au milieu de ses malheurs , ne put lui pardonner même la complicité de son cœur, et le força d’abdiquer, presque aux portes du tombeau : Foscari mourut en entendant les cloches qui annonçaient l’installation de son successeur.

À Florence, la mort de Neri Capponi, en 1455, assurait la puissance de Cosme de Médicis. Elle ét^it déjà si bien établie qu’il ne jugea pas même nécessaire de provoquer la création révolutionnaire d’une balte pour remplir des noms de ses partisans les bourses du scrutin. Tous les magistrats entrant en charge se trouvèrent être ses clients. Un peu plus tard , quand ses partisans crurent urgent de s’assurer entièrement du pouvoir pour empêcher l’application sévère de la loi du cadastre établie par son père , il laissa à Lucca Pitti, riche capitaliste de son parti, qui pouvait devenir son rival, l'impopularité de cette mesure, certain d’en recueillir les fruits.

La ville de Gènes, qui n’avait gagné à l’exclusion des nobles des magistratures civiles que d’échanger les factions de la noblesse contre celles de la bourgeoisie, ne conservait plus guère que la liberté de changer ses maîtres. Raphaël Adorno, en 1444, avait acheté la première dignité de la ré-

publique, en rendant sa patrie tributaire du roi de Naples, Alphonse. Pierre Fregoso, vainqueur de la garde napolitaine de ce doge, en 1450, mais bientôt attaqué par Alphonse, allait dans sa détresse implorer la protection du roi de France. Ainsi, au milieu du xv* siècle, apparaissait une Italie toute nouvelle ; la péninsule n’était plus ni guelfe ni gibeline, ni pontificale, ni impériale; elle était princière. Les deux chefs de la chrétienté étaient oubliés, les deux sectes brisées ; la dictature des princes aragonais, Médicis ou Sforza, remplaçait tout; l’intérét politique des petits États fondés par eux primait toutes les questions.

Commencement de In renaissance.

Les lettres et les arts reflétèrent cette nouvelle situation politique ; on s’éloigna des sources de l’inspiration chrétienne et chevaleresque du moyen âge pour se plonger dans l’antiquité rationnelle et païenne. Les profondeurs de la foi, les caprices de la liberté d’un monde qui finissait, furent oubliés pour ces principes de raison pure et de beauté sévère qui régnent dans le monde antique. La renaissance grécoromaine protesta contre la théocratie féodale des âges précédents. L’étude de l’antiquité, qui avait adouci les derniers jours de Pétrarque, que Jean de Ravenne et Chrysoloras avaient poursuivie au milieu des plus cuisantes misères du xiv' siècle, devint au xve l’objet d’un enthousiasme passionné. Poggio Bracciolini , né en 1380, Leonardo Bruni l’Àrétin, en 1369, l’un secrétaire du saint- siège pendant plus d’un demi-siècle, l’autre de la république de Florence, tous deux élèves de Jean de Ravenne et de Chrysoloras, avaient allumé les premiers cette passion du xve siècle par leur ardente recherche des manuscrits anciens, à travers l’Europe. Le concile de Florence , qui amena en Italie le rhéteur George de Trébisonde, le platonicien Gemistius Pletho, et Bessarion, évéque de Nicée, bientôt fait cardinal pour s’être rallié à l’Église romaine, la rendirent presque générale.

Les souverains de l’Italie n’avaient rien à craindre de cette activité de la pensée tournée tout entière à une science qui versait l’oubli et dont ils savaient comprimer aussi

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