CHAPITRE XIV
l’église de Saint-Laurent , l’abbaye de Fiesole et le couvent de Saint-Marc qui le préparaient à une œuvre plus grande. Enfin, dans un travail qui tient de l’architecte et du sculpteur, Cosme, en mettant en adjudication les portes de l’église de San Giovanni , donna occasion à Ghiberti d’achever ce chef-d’œuvre que Michel-Ange jugeait digne d’orner l’entrée du paradis.
Ferdinand de Naples et Jean de Calabre; Pie II (I4S4-I464 ).
Il s’agissait de savoir maintenant si les princes italiens sauraient entretenir la concorde entre eux comme l’enthousiasme des lettres et des arts parmi leurs sujets, et surtout s’ils sauraient défendre contre l’étranger l’indépendance de l’Italie qu’ils avaient asservie. La paix intérieure était la première condition de la sécurité au dehors en face des prétentions et des convoitises qui la menaçaient de tous côtés. Le droit de l’empire germanique sur la Lombardie dormait, mais n’était pas éteint, Frédéric III lui-même ayant refusé de sanctionner l’usurpation de Sforza. Les ducs d’Orléans, de la ville d’Asti dont ils étaient restés maîtres, protestaient contre ce qu’ils appelaient une spoliation à Milan ; ceux d’Anjou, de la Provence ne menaçaient pas moins l’Aragonais dans Naples. Enfin, en 1-453, un nouvel ennemi plus redoutable, Mahomet II, chef des Turcs ottomans, mettait en danger non-seulement l’indépendance, mais la religion de l’Italie, en s’emparant de Constantinople, qui ne fut secourue que par deux mille Génois intéressés à son salut à cause de leur faubourg de Péra.
Sous l’impression de la chute de ce rempart de la chrétienté , royauté , tyrannies et républiques en Italie signèrent la paix et l’alliance de Lodi (1454). Alphonse V, Sforza, Cosme et Nicolas Y, s’efforcèrent même, tant qu’ils vécurent, de maintenir l’union , ou n’y firent que de légères infractions. Mais cette même année Venise , séparant ses intérêts de ceux de l ltalie et de la chrétienté, conclut un traité de bon voisinage avec Mahomet II, pour conserver à Constantinople , eomme sous les empereurs grecs , un bayle chargé de surveiller ses intérêts dans le Levant. Alphonse aussi
l’itaue princière; la renaissance (1453-1493). 313
continua à combattre Gènes, contre laquelle il s’était réservé de poursuivre sa vieille inimitié , malgré l’intervention du successeur de Nicolas V, Calixte III de la famille des Borgia, qui voulait qu’on songeât seulement à sonner chaque matin la cloche des Turcs dans toute la chrétienté. Gènes, effrayée de l’étroite alliance que devait cimenter une promesse de mariage entre une fdle de Sforza et un petit-fds d’Alphonse, reconnut le roi de France Charles VII pour son seigneur , et confia sa défense à Jean de Calabre , fils du roi Réné d’Anjou.
La mort d’Alphonse V (1458) amena une guerre sérieuse. Ce prince avait fait reconnaître pour roi de Naples et de Sicile Ferdinand, enfant illégitime, par un parlement composé de seigneurs, prélats et députés des villes du royaume. Calixte 1IL déclara le royaume de Naples dévolu au saintsiège , et réveilla les espérances de Jean de Calabre dont l’ambition était déjà excitée par les conseils et les rancunes des Génois. Le célèbre Æneas Sylvius Piccolomini, ancien secrétaire du concile de Constance, de l’empire et de la papauté, connu dans toute l’Europe par son érudition, son éloquence et son habileté, devenu pape en 1458, sous le nom de Pie II, tenta vainement d’arrêter les hostilités; il reconnut Ferdinand par un traité qui assurait au saint-siège la possession de Bénévent, de Pontecorvo, de Terracine, et le payement d’un tribut annuel. Le nouveau roi travailla contre lui-même ; il mécontenta par ses exactions et ses cruautés les barons napolitains qui invitèrent Jean de Calabre à passer de Gènes dans le midi de l’Italie.
Le fils de Réné , après avoir vainement essayé do détacher François Sforza de Ferdinand , en lui proposant d’épouser sa fdle, fit voile pour Gaëte avec les vaisseaux et l’argent des Génois. Reçu avec enthousiasme par les seigneurs de la Campanie et des Abruzzes, il s’empara des principales villes de la Pouille , Lucera , Foggia , Manfredonia, et défit Ferdinand dans une première bataille à Samo (1460) , près de Nola. L’Italie tout entière fut agitée par l’attente d’un grand changement. Venise, qui avait eu plusieurs fois à combattre les vaisseaux d’Alphonse dans l’Adriatique,