CHAPITRE XIV
Florence, mécontente et effrayée de l’alliance de Sforza et du roi de Naples, étaient prêtes à embrasser le parti des Angevins. Sforza cependant fit appel à la vieille amitié de Cosme , obtint la neutralité des deux républiques et envoya ses deux frères au secours de Ferdinand. Pie II, de son côté, désireux avant tout d’éviter une révolution , se déclara ouvertement pour l’Aragonais, et lui envoya Montefeltro avec une armée. Piccinino, condottiere au service de Jean de Calabre, battit d’abord Montefeltro et les deux Sforza près de San Fabiano ; mais une sédition, excitée à Gènes par le duc de Milan, fit perdre cette ville aux Angevins. Le contre-coup se fit ressentir dans le royaume de Naples où Ferdinand, secouru par le héros albanais , Scanderbeg , vainquit complètement à Troia(l462), son adversaire qui ne put que prolonger deux ans encore une lutte inutile.
Le pape Pie II essaya , alors que cette grande question était tranchée, d’entraîner l’Italie avec la chrétienté dans une croisade qu’il rêvait depuis le jour de son exaltation. Venise, attaquée dans sa possession de Morée, effrayée de voir flotter de l’autre côté de l'Adriatique , en Bosnie et en Esclavonie, l’étendard du croissant, venait de recommencer la guerre contre les Turcs, soutenue par le Hongrois Mathias Corvin et par Scanderbeg. Pie II, dont les émissaires parcouraient toute l’Europe, offrit le commandement de la croisade au duc de Bourgogne, annonça qu’il se mettrait lui-même à la tête de la sainte expédition et fixa le rendez-vous à Ancône pour l’année 1564. Le sénat de Venise força son vieux doge Mocenigo à s’embarquer avec dix galères pour aller prendre le pontife. Mais le duc de Bourgogne ne parut point. Pie II à Ancône ne trouva qu’une multitude en désordre, affamée et sans armes, qui s’en retourna en voyant que le pontife n’avait à lui offrir que des indulgences; lui-même, saisi de découragement, n’ayant à entreprendre avec Mocenigo qu’wne guerre de vieillards, mourut de douleur. Le temps de la renaissance païenne n’était pas favorable à la croisade. Il ne fallait point parler d’une guerre offensive à l’Italie désunie par l’ambition de ses princes.
Paul ai; pierre de nédlclM; CialéaM Bforxa *90'.
Cette mort et celle de Cosme de Médicis, qui arriva la même année, porta un nouveau coup à l’union de l’Italie. Paul II, élu à la condition de poursuivre la guerre contre les Turcs, abjura promptement ce qu’il avait signé et laissa Venise seule aux prises avec Mahomet II . A Florence, après la mort de Cosme et l’élection de Nicolas Soderini comme gonfalonier, le Poggio ou la Montagne, ainsi appelé delà colline où s’élevait le palais de Lucca Pitti, c’est-à-dire le parti des républicains, tentait de reprendre le dessus. Le chef de la Plaine (il piano), Pierre, fils de Cosme corrompit Lucca Pitti qui avait déjà servi d’instrument à Cosme, et qui venait d’enfouir sa fortune dans les magnificences de ce palais inachevé destiné à être plus tard le séjour des souverains de la Toscane; et Pitti ménagea entre Pierre et les républicains une paix que le premier rompit quelques jours après. Une balie créée violemment exila tous ses ennemis , entre autres les Alberti, et institua une commission de cinq membres ou accoppiatori chargés de choisir tous les deux mois dans les bourses du scrutin le gonfalonier et les prieure. Mais Pierre, mis hors d’état, par sa mauvaise santé, de gouverner lui-même, laissa l’administration entre les mains de clients, des Pazzi, des Papuri, des Guicciardini , qui n’usèrent de leur pouvoir que pour s’enrichir par les exactions et la vénalité ; et Florence, entre la liberté et la servitude, ne pesant plus dans l’équilibre italien, ne put empêcher François Sforza de profiter des nouvelles querelles des Adorni et des Fregosi à Gènes, pour s’emparer, en 1465, de cette ville, qui n’était restée libre qu’entre la venue et la fuite de son archevêque Paul Frégoso, entré comme un pirate dans son port et sorti de ses murs comme un brigand.
Il semblait que chacun des nouveaux personnages que la mort appelait à disposer alors des destinées de l’Italie, prit à tâche de faire regretter son prédécesseur. Ferdinand de Naples favorisait les lettres comme son père, et protégeait les commencements des deux poètes Sannazar et Cariteo, mais après s’être vengé de ses ennemis par l’assassinat du