CHAPITRE XIV
prince de Tarente, du condottiere Piccinino, du duc de Suessa ; et il accablait son peuple d’impôts, faisant marchandise de tout dans son royaume, pour satisfaire une avarice dont eût rougi son père le Magnanime. Paul II , plus soucieux de se faire admirer du peuple romain comme un nouvel Aaron dans ses ornements pontificaux, que de protéger les savants dont il dispersa même assez durement les innocentes réunions à Rome, plus occupé de poursuivre les Malatesti dans la Romagne, et de jeter Jean Huniade sur les hussites que de s'opposer aux progrès des Turcs, faisait resplendir d’autant plus la mort de Pie H et la vie de Nicolas V. Pierre de Médicis mettait dans la protection des sciences et des arts , et dans les affaires de sa maison , une parcimonie de marchand qui n’eût pu fonder, comme la prodigue libéralité de Cosme, la fortune de sa famille. Le condottiere couronné, en mourant l’an 1466, fit place au tyran Galéas. Sorti sous un déguisement de France où il était occupé à défendre Louis XI contre les seigneurs révoltés, époux de Bonne de Savoie, belle-sœur de ce roi, accusé de la mort de sa mère dont l’énergique présence d’esprit lui avait conservé le pouvoir, Galéas Sforza substituait le faste à la grandeur, la tyrannie à l’autorité dans le gouvernement, l’esprit de tracasserie à la prudence dans la politique, la licence à la réserve dans la vie privée; il abusait en fils de parvenu, avec incontinence et cruauté, de la fortune et de l’autorité conquises par son père.
Seule active au milieu de cet égoïste affaissement , Venise, par sa morgue aristocratique et ses préoccupations étroitement commerciales , perdait les bénéfices de ses efforts multipliés. Maîtresse d’une partie des côtes d’Istrie , de la Dalmatie, de l’Albanie et de la Grèce, elle continuait, en face des menaces des Turcs, à soumettre ces contrées à une exploitation si dure , à tenir leurs habitants dans une sujétion si avilissante que la domination des infidèles ne les effrayait pas. Au lieu de déployer toutes ses forces contre les Turcs, et de négliger des intérêts ou des injures secondaires, elle disputait le transit de quelques marchandises à Trieste et à l’empereur Frédéric III ; elle poursuivait par le fer et le
l’itàlie princière; la renaissance (1453-1493). 317
feu une réparation du grand maître des chevaliers de Rhodes , et pendant ce temps-là, elle laissait périr Scanderbeg , perdait l’isthme de Corinthe , fuyait devant une flotte turque dans les Dardanelles, et laissait en 1470, les Osmanlis emporter d’assaut Négrepont.
Laurent et Julien de Médicis; le pape SUte IV , conspiration» à Milan et i» ïiorcnce (llï*-ll*8).
L’avénement de Laurent de Médicis, reconnu presque sans obstacle, avec son frère Julien, comme chefs du gouvernement, après la mort de Pierre (1469), rompit l’uniforme succession de ces princes incapables ou méchants dans les différents États d’Italie. Doué d’heureuses qualités, élevé avec soin par Christophe Landino , professeur d éloquence latine, et par le Grec Argyropyle, compagnon du platonicien Marcile Ficin et du jeune poète Ange Politien, Laurent de Médicis, savant et poète lui-même, commença dès les premiers jours à exercer le pouvoir en ami éclairé des lettres et des arts. 11 rétablit , dès la seconde année de son gouvernement, l’université latine de Pise par un sentiment d équité qui l’honorait. À Florence, il fonda 1 académie grecque, où Théodore de Gaza et Chalcondyle succédèrent à Argyropyle; il fit disposer les vastes jardins du couvent de Saint- Marc pour recevoir les nouvelles acquisitions d antiques , ajoutées à la collection de Cosme , et donna à Bertaldo , élève de Donatello , la surintendance de cet établissement qui devint bientôt, sous le nom de Muséum, Florentinum , une académie des beaux-arts. Partageant l’enthousiasme de son ami Marcile Ficin pour Platon, il institua une fête anniversaire en l’honneur du philosophe grec où se réunissaient tous les déserteurs d’Aristote, et il l’inaugura lui-même en composant son poétique dialogue en l’honneur de la nouvelle doctrine, connue sous le nom d 'altercazione. Nobles passetemps , déparés quelquefois par les fêtes populaires du carnaval , dont il se faisait aussi le grand prêtre, en composant les canii carnascialeschi , et dont il favorisa encore la licence, comme lors de la visite de Galéas, qui tut témoin, dans ces représentations, du singulier mélange des mystères