‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 165 sur 347 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

et de farces burlesques, du sacré et du profane, mis en œuvre pour célébrer sa bienvenue !

Mais celui qui ne trouvait de plaisir, même dans ses heures sérieuses , que sous les fraîches ombres de Carreggi ou de Caffagiolo :

Là ove un verde laur facea ombra,

celui qui aimait à abriter son âme dans un port plus tranquille , loin des âpres orages de la politique :

Fuggito avea 1’ aspra civil tempesta

Per ridur l’aima in pi ù tranquillo porto,

sacrifiait trop aisément le loisir de l’heure présente aux soucis d’une prévoyance que devait cependant lui imposer un temps gros d’embarras et de périls. Sous le coup de la prise de Négrepont, il renouvela avec le pape Paul 11 et les États de l’Italie, en 1471, la ligue conclue à Lodi, en 1454, pour la défense commune. Mais il oublia aussi promptement, dans la compagnie des trois poètes Pulci, ou dans les entretiens d’Ange Politien , les sévères devoirs que lui imposait cet engagement. Venise, abandonnée de l’Italie, fut obligée de rechercher, à travers les plus grandes difficultés , l’alliance du conquérant de l’Asie, Ussun Cassan, contre les Turcs, et réduite à exercer des ravages inutiles dans la Carie, l’Ionie et file de Cos. Elle ne fut heureuse qu’en Chypre où elle avait marié la fille d’un riche négociant, Catherine Cornaro , au roi Jacques de Lusignan ruiné. A la mort de celuici , en 1473, elle se porta comme tutrice de Catherine qu’elle avait déclarée fille de Saint-Marc , et mit garnison dans toutes les citadelles.

L’ambition toute temporelle et le népotisme scandaleux d’un nouveau pape, Sixte IV, de la famille de la Rovère, jeta de nouvelles causes de discorde et de faiblesse en Italie. Non content de prodiguer les grâces spirituelles à ses neveux : à Pierre Riario , qui mourut bientôt de ses excès , le cardinalat de Saint-Sixte, l’archevêché de Florence et le patriarcat de Constantinople; à Julien de la Rovère un grand nombre de bénéfices dans les États romains; il créa duc

d’ïmola Jérôme Riario, Léonard de la Rovère, préfet de Rome, et chargea le cardinal soldat, Julien de la Rovère, de saccager Spolète, de prendre Lodi et Città di Castello. Il maria ses deux neveux laïques aux filles du duc d’Urbin et du roi de Naples. Si l’on ne pouvait blâmer le pape de vouloir ramener à l’unité du pouvoir les États de l’Eglise, cette création de petits princes nécessairement éphémères, cette ardeur guerroyante, sur le continent italien , d’un pape qui refusait d’envoyer sa flotte contre les Turcs, devaient exciter l’étonnement et la crainte. Les deux villes de Venise , de Florence et le duc de Milan, effrayés de l’union étroite de Sixte IV, de Ferdinand et du nouveau duc d’Urbin, condottiere renommé, formèrent une ligue particulière (1474); et la confédération de Lodi, qu’on avait deux fois jurée, et que les progrès des Turcs rendaient tous les jours plus nécessaire , fut rompue.

Rien d’étonnant que les peuples italiens, trahis par la faiblesse ou l’égoïsme de leurs souverains , regrettassent le sacrifice de leur liberté qui allait peut-être entraîner la perte de leur indépendance. Leurs regrets et leur mécontentement ne s’exprimèrent cependant que par des conspirations ou des assassinats isolés qui restèrent sans résultat, et prouvèrent trop clairement que les gouvernés étaient tombés aussi bas que les gouvernants. Dans l’espace de deux ans, cinq tentatives de cette sorte eurent lieu.

L’an 1476, à Ferrare, Nicolas, fils du marquis Lionnel, tenta de remplacer son oncle, Hercule Ier, qui avait reçu le duché des mains de son frère Borso. Il entra en effet dans la ville avec quelques exilésret des soldats fournis par le duc de Mantoue et par Galéas. Mais le peuple ne voulut même pas changer de maître ; Nicolas surpris par son oncle , bientôt de retour, fut décapité avec vingt-cinq de ses compagnons.

À Gènes , le peuple était fort mécontent de la domination de Galéas qui violait toutes les conditions auxquelles François Sforza avait été accepté comme seigneur, et ne prenait aucun soin de la prospérité de la ville. Il n’avait ni protesté contre la prise de possession de Famagouste en Chypre, par

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