CHAPITRE XIV
ner Laurent et Julien dans la cathédrale même, au moment de l’élévation. Au signal donné alors par les cloches, l’archevêque de Pise, Salviati, devait s’emparer du palais publie à la tête d’hommes armés, et Jacob Pazzi , ameuter le peuple pour achever la révolution. Était-ce le rétablissement de l’ancienne constitution , l’élévation d’une nouvelle oligarchie, ou peut-être la soumission de Florence au saint-siège, qui suivrait la chute des Médicis? les conjurés ne s’en étaient pas expliqués, chacun espérant sans doute tirer du succès le parti qui lui agréerait le plus.
Dans l’église de Santa Reparata où se jouait l’acte principal du complot, François Pazzi ne manqua pas Julien dont il s’était chargé. Mais Antoine de Yolterra en posant la main sur l’épaule de Laurent, pour mieux ajuster son coup, mit sa victime en garde. Laurent , après avoir paré la première atteinte avec son manteau , tira l’épée , mit les assassins en fuite, et se réfugia dans la sacristie où ses amis se rangèrent autour de lui. Au palais de la seigneurie, le gonfalonier César Pétrucci , soupçonnant quelque chose quand Salviati se présenta, le fit arrêter, ferma les portes, et prit comme dans un piège la plupart des conjurés qui avaient déjà pénétré dans le palais. Dans les rues, Jacob Pazzi, au lieu de décider le peuple à reconquérir une liberté que, dit Machiavel, on ne connaissait plus, fut accueilli à coups de pierres. A la nouvelle de l’assassinat de Julien et du péril de Laurent, la foule furieuse parcourut la ville en acclamant le blason des Médicis : Pâlie ! Pâlie ! et demanda le supplice des conspirateurs ou s’en chargea elle-même. La seigneurie fit pendre aux fenêtres mêmes du palais Salviati dans ses habits d’archevêque, François et Jacob Pazzi; le peuple mit en pièces et traîna par lambeaux dans les rues les corps des assassins de Julien et plusieurs autres conjurés qui furent arrachés de leurs maisons. Le seul résultat de cette tentative fut l’affermissement du pouvoir de Laurent à Florence et la rupture d’une paix intérieure de douze ans dans la péninsule.
CiuerrcN «le (Sixte IV contre Florence* Ferrare et Venise (*4J*-14W4).
Le pape et le roi de Naples poursuivirent par une guerre
L1TALIK l'RlNCIERE; LA RENAISSANCE (1453-H93). 323
ouverte ce que le poignard des conspirateurs leur avait refusé. Sixte IV, sur le refus de Florence de livrer Laurent de Médicis , le gonfalonier et les prieurs comme coupables de la mort d’un archevêque, jeta l’interdit sur la ville ; Frédéric de Montefeltro, duc d’Urbin, à la tète de troupes fournies par le saint-siège et par Ferdinand, entra dans la Toscane, annonçant qu’il venait faire la guerre à Laurent, dans l’espoir de séparer la cause de la république de celle de son chef. Florence, trahie d’abord par le duc Hercule d’Este, qu’elle avait misà la tête de ses troupes, s’adressa à la régente de Milan, Bonne de Savoie, et aux Vénitiens. Les Vénitiens qui voyaient, sur l’autre rive de l’Adriatique, Croia succomber, Scutari subir de terribles assauts, et qui étaient réduits à fortifier contre les Turcs les bords de l’Isonzo, gar dèrent toutes leurs forces pour eux- mêmes. Afin d’occuper la. régente de Milan, Ferdinand excita I'rosper Adorno à soulever Gènes, et Sixte IV , donnant un funeste exemple, détermina, au nom de la religion, les Suisses du canton d’Uri à attaquer le Milanais.
Les Génois, sous le commandement de SanSeverino, réussirent à vaincre l’armée milanaise commandée par Sforzino, au pied du fort des Deux Jumeaux , et restaurèrent dans leftrs murs la liberté que la violente rivalité de Baptiste Fregoso et de Prosper Adorno ne permit pas de rendre plus durable. Dans la vallée du Tésin, deux cents Suisses, laissés à Giornico par dix mille confédérés, apprirent aux Italiens, dans un engagement avec le comte Torelli, quels redoutables voisins ils avaient au delà des Alpes. L’Italie était revenue à ses plus mauvais jours ; on se battait sur tous les points à la fois; la peste désolait Venise et Florence. Les Turcs, fléau plus terrible, passaient TIsonzo, et allumaient, jusque sur les bords de la Piave, des incendies dont les Vénitiens voyaient de leurs lagunes les lueurs sinistres. Ils se décidèrent à traiter, et cédèrent Lépante, Modon et Coron au sultan après une guerre de quinze ans (1479). Le pape leur reprochaamèrement cette paix faite avec le mécréant ; craignant de les voir intervenir dans les affaires de la péninsule, il prit à sa solde de nouveaux condottieri, San Severino et Sforza, et