‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 168 sur 347 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

excita une révolution à Milan même, pour enlever l’alliance de ce duché à la république son ennemie. Tout lui réussit. Les Florentins furent défaits au Poggio Impériale ; Ludovic Sforza, surnommé le More, maître de quelques châteaux du Milanais, se fit appeler à Milan par les ennemis de Cecco Simonetta, enferma le vieux ministre et ses créatures comme coupables, disait-il, d’avoir trahi les intérêts de la maison des Sforza, et déclara Jean Galéas majeur, quoiqu’il n’eût que douze ans, pour mettre fin à la régence de la duchesse et rester maître du gouvernement (1480).

Le saint-siège, le duché de Milan , le royaume de Naples étaient alors unis contre Laurent de Médicis. Les deux républiques de Florence et de Venise, pour lui venir en aide, eurent recours à la politique de leurs adversaires. Elles envoyèrent des députés à Réné de Vaudemont, petit-fils du roi Réné, pour l’engager à revendiquer ses droits sur Naples. Cependant, avant de déchaîner sur l’Italie les malheurs d’une nouvelle révolution, Laurent de Médicis, qui soupçonnait quelque mésintelligence entre le pape et le roi de Naples, s’embarqua à Livourne pour aller trouver lui-même Ferdinand. Sa présence, son insinuante habileté, et aussi le lâche et impolilique abandon qu’il fit de la petite république voisine de Sienne au duc de Calabre, décidèrent le toi à la paix. Le pape n’en persista pas moins dans ses projets contre Florence ; et Sienne, victime des dissensions que le duc de Calabre y excitait, allait payer pour Laurent de Médicis , lorsque les Turcs imposèrent encore la paix intérieure à la péninsule. Le 28 juillet 1480, l’amiral de Mahomet il, Aclimet Giedik, débarqua dans le royaume de Naples près d’Otrante, la prit d’assaut et y massacra douze mille chrétiens. Le roi de Naples rappela son fils de la Toscane pour défendre ses Etats, et l’opiniâtre Sixte IV, devant cette terrible leçon, consentit à réconcilier Florence avec le saintsiège.

La mort de Mahomet II et la reprise d’Otrante, en 1481, n’eurent pas plutôt laissé respirer les Italiens, que le pape retourna, mais par des voies nouvelles, à son projet de former à son neveu favori, Jérôme Riario, une principauté en

l'italie princière; la renaissance (1453-1493). 325

Italie. Le monopole du blé qu’il exerçait aux dépens du peuple romain et une pratique fréquente de la simonie, mettaient entre ses mains des ressources considérables. Après avoir dépouillé la famille des Ordelaffi de la principauté de Forli, et en avoir investi Jérôme Riario, il envoya celui-ci comploter avec les Vénitiens la ruine du duc de Ferrare. Les Vénitiens voulaient garder le monopole du sel provenant des lagunes, que le duc leur disputait ; le saint-siège voulait agrandir Riario aux dépens d’Hercule d’Este; il fut convenu que la république s’emparerait de Modène et de Reggio ; Jérôme, de Ferrare. L’Italie fut de nouveau divisée; Gènes et le marquis de Montferrat se déclarèrent pour le pape et les Vénitiens; le roi de Naples, le duc de Milan, les Florentins, pour le duc de Ferrare. Dans les États de l’Église même, Jean Bentivoglio, chef de la république de Bologne, et les Colonna, seigneurs de châteaux nombreux dans les environs de Rome, effrayés des projets d’agrandissement du saint-siège, prirent parti contre le pape; et une guerre générale déchira encore la péninsule.

Elle commença favorablement pour Venise et pour le saint-siège. Robert de San Severino, pris au service de la république, manœuvra si habilement qu’il enleva les principaux châteaux forts qui couvraient Ferrare et vint mettre le siège devant cette ville. Robert Malatesti, seigneur de Rimini,' général du pape, battit à Campo-Morto le duc de Calabre, qui avait envahi les États de l’Église. Mais les deux vainqueurs se disputaient déjà la proie avant de l’avoir abattue. Le pape se méfiant des Vénitiens, qui n’eussent point en effet aimé Jérôme Riario pour voisin, les abandonna tout à coup pour se faire admettre dans la ligue opposée et se retourna contre eux, par un de ces revirements qui avaient été si familiers autrefois à Philippe-Marie. Ce pape aimait à briser ses instruments autant que ses adversaires. L’exécution du protonotaire Colonna, son ennemi, qui avait cru acheter la vie en sacrifiant le château de Marino, n’avait rien qui pût étonner de la part d’un caractère aussi vindicatif. Mais ses tentatives contre Rimini et Urbin, après la mort de Robert Malatesti et de Frédéric de Montefeltro, le

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