CHAPITRE XIV
premier empoisonné peut-être par Jérôme Riario, témoignaient d’une ingratitude encore plus noire envers d’anciens serviteurs. Son brusque revirement contre Venise ne lui réussit pas. 11 eut beau lancer l’excommunication contre elle, le conseil des Dix empêcha son clergé de publier la bulle; la république tint ferme contre toute l’Italie; elle envoya ses flottes s’emparer de Gallipoli et de Policâstro sur les côtes de Naples, et, rendant au pape la pareille, fit à Bagnolo, avec Ferdinand et les ducs de Milan et de Ferrare, une paix avantageuse, à laquelle elle gagna la Polésine de Rovigo, et la mort de Sixte IV, tué par le dépit (1484).
«Miiftsancr (le Laurent; éclat trompeur de la clviliftation ;
Jérome gnvonnrole (UM'IIOS).
L’exaltation du pape Innocent VIII parut d’abord opérer seulement une conversion nouvelle dans les partis au lieu de terminer la guerre. Les barons napolitains dont les vieux privilèges tombaient l’un après l’autre sous le despotisme de Ferdinand, avaient vu avec peine se perdre, par le rapprochement de Sixte IV et de leur roi, l’occasion d’une révolte. Le nouveau pontife, s’en prenant à Ferdinand des derniers échecs du saint-siège, ranima l’espoir des barons qui s’assemblèrent à Melfi pour organiser leur ligue, et firent de pressantes ouvertures à René II. La défaite du duc de Calabre qui voulait empêcher la jonction du condottiere pontifical San Severino avec les révoltés napolitains, semblait déjà présager une révolution. L’intervention de Laurent , dont toute la politique consistait à maintenir la paix et l’équilibre des puissances, et qui se mettait toujours du côté où il fallait ramener la balance, conjura l’orage. Il se déclara pour Ferdinand, entraîna Ludovic le More, menaça le pape d’exciter la révolte dans ses États et fournit, des mercenaires et des subsides au duc de Calabre , qui prit sa revanche sur San Severino dans une mêlée qui ne coûta pas un homme aux deux armées. La perfidie de Ferdinand fit le reste. Il obtint la paix du pape en promettant de prêter hommage, de payer tribut, et d’amnistier tous ses barons (1486); deux mois après, il fit saisir, enfermer et décapiter, sans
l u vue i’rinuère; la renaissance (1453-1493). 327
que le pape réclamât , tous ceux dont il avait eu à se plaindre.
Laurent se trouva alors l’arbitre de l’Italie. Florence était à sa discrétion depuis qu’après la conspiration des Pazzi , une balte définitive avait transmis la souveraineté populaire à un conseil de soixante et dix membres, avec pouvoir de nommer aux magistratures , de répartir les impôts et d’administrer les finances. Ferdinand lui devait de la reconnaissance ; Ludovic le More ne pouvait compter que sur lui dans les projets d’usurpation qu’il nourrissait au préjudice de son neveu, marié à une fille de Ferdinand. Innocent VIII , dans l’isolement où l’ambition de Sixte avait réduit le saintsiège, ne voyant pas d’autre alliance possible, se livra à lui tout entier. Heureux d’obtenir une fille de Laurent pour son fils François Cibo, il donna deux ans après au troisième fils de Laurent, Jean de Médicis, bien qu’il n’eût que treize ans, le chapeau de cardinal , et ne se conduisit plus que d’après ses conseils. .
Laurent ne fit pas de cette belle position l’usage qu’on eût pu attendre de son esprit distingué. Afin de s’emparer de Sarzane et de Pietra Santa dans la Lunigiane, il aviva les haines des Fregosi et des Adorni à Gènes, et fit retomber cette ville sous la domination de Ludovic le More , qui pour la garder sans contestation consentit à la tenir en fief du roi de France Charles VIII. Intéressé à ne laisser voir à Florence que les dangers de la liberté, il encouragea les factions dans les deux républiques de Sienne et de Lucques , principalement à Sienne, qu’il livra par une révolution à une oligarchie tyrannique, après avoir essayé de la soumettre à Florence ou de la donner au roi de Naples. 11 ne put empêcher les Vénitiens, en 1-490, de soumettre définitivement file de Chypre, où ils obligèrent Catherine Cornaro d’abdiquer; mais il les surveilla de près sur le continent. Dans la Romagne , il se fit soupçonner de conduire contre Jérôme Riario, duc d’Imola et de Forli, le poignard de sa femme Catherine Sforza, et celui de Franeesca Bentivoglio contre Manfredi, seigneur de Faenza. Ce prince était prêt à vendre aux Vénitiens sa principauté ; elle passa sous la pro-