CHAPITRE II
d’aller lui recruter une année en Germanie. La célérité d’ A rdahurius déjoua toutes ces mesures. Aquilée fut surprise, le Pô passé, les marais de Ravcnne mêmes franchis, et l’usurpateur, pris dans sa capitale, livré à la risée du peuple et décapité. Aétius, qui arrivait après cette défaite à la tête de soixante mille Huns, fit aisément sa paix avec Placidie et en obtint le titre de comte. Valentinien fut reconnu sous la tutelle de sa mère , enfin devenue impératrice , et céda à Théodose, en retour de ses services, l’IHy rie occidentale, dont l’abandon découvrit ainsi une des frontières de l’Italie.
Le trône d’Occident fut encore occupé par le sang de Théodose , et la dignité romaine parut sauvée ; mais sous une femme et un enfant, les chefs militaires et les mercenaires furent plus puissants que sous Honorius. Aétius, qui avait' autant d’intelligence chez les barbares, au delà du Danube, que d’autorité à la cour impériale, pouvait rendre de grands services à l’Italie et à l’empire. Sa conduite montra quel chemin les barbares, même alliés de Rome, avaient fait depuis Stilicon. Jaloux de la faveur du comte d’Afrique, Boniface, il sut brouiller avec sa souveraine un serviteur fidèle qui pour se sauver introduisit en Afrique les Vandales, déjà maîtres d’une partie de l’Espagne. En vain Boniface, qui reconnut trop tard son erreur, essaya de repousser les barbares, et défendit avec acharnement la ville d’Hippone dont l’évêque, saint Augustin, mourut durant le siège. Quand il revint annoncer à Rome et à l’Italie qu’elles avaient ’jrerdu leur province nourricière (431), il retrouva encore son implacable ennemi.
Irrité contre Placidie qui, plus habituée à dompter les barbares qu’à leur obéir, reçut son rival avec faveur, et lui donna le commandement général des troupes d’Occident, Aétius attaqua celui-ci avec ses fidèles Huns, lui livra bataille et le blessa mortellement ; déclaré ennemi public par Placidie , il s’en inquiéta peu, se retira avec les siens en Pannonie, sous la protection du roi des Huns, Rugila, et en revint bientôt avec une armée plus nombreuse imposer ses services à l’impératrice.
Nommé maître général de la milice , décoré même par
quelques écrivains du temps , du titre de duc et général des Romains de l’Occident , tout-puissant enfin à la cour de Ravenne , il voulut bien alors défendre l’empire , et le fit avec courage et habileté, mais comme sa chose, et en ne tenant compte que de son intérêt. Genséric, maître de Carthage, inquiétait de ses vaisseaux la Sicile et les côtes de ritalie; il lui fit concéder l’Afrique comme à un ancien allié, malgré les plaintes de Rome. En Italie il renforça les garnisons, pour avoir plus de mercenaires sous sa main. En Gaule, il occupa les passages du Rhône et de la Loire, contint dans les limites qui leur avaient été assignées, les Visigoths et les Burgondes, et repoussa les Francs au delà de la Somme, moins pour faire respecter l’empire que pour défendre sa situation. L’invasion d’Attila en Gaule, en 451, menaçait sa fortune en même temps que l’État. Ce fut là surtout qu’il se montra grand.
* Le farouche roi des Huns, après avoir longtemps tenu Constantinople dans la crainte, réclamait de Valentinien la main d’Honoria, sa sœur, dont il avait déjà l’anneau, et comme dot, la moitié de l’empire. Ala nouvelle que les in nombrables hordes des Huns et de leurs alliés avaient franchi le Rhin, Aétius rassembla tous les barbares déjà établis dans la Gaule, les Burgondes, les Visigoths, les Francs. A leur tète il alla chercher Attila qu’Orléans avait arrêté , et l’atteignit dans les plaines de la Champagne où il remporta sur lui la célèbre victoire des champs Catalauniques.
Le {Sape Maint Léon et Ich barbare», Attila et Cienaérie: deuxième princ de Rome (45I-4SS).
L’année suivante lorsque Attila, altéré de vengeance, passa le Danube et les Alpes, pour se jeter sur l’Italie, Aétius ne fut pas aussi heureux ; il était abandonné des barbares de la Gaule qui ne défendaient que leurs possessions , il ne pouvait rien obtenir des Italiens, incapables de s’armer, et n’avait pas assez de ses fidèles mercenaires. Aquilée, longtemps défendue avec courage par des Goths auxiliaires, tomba la première devant Attila; elle fut prise et rasée. Les habitants de la Vénétie, effrayés, se réfugièrent avec ce qu’ils pouvaient