‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 171 sur 347 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Méditerranée et le pays le plus riche en manufactures de l’Europe. Venise par ses traités, Florence par l’habileté de ses agents, avaient conservé à peu près intactes leurs relations commerciales avec l’Orient , malgré la catastrophe de Constantinople. Les manufactures de soie, de laine, de lin, de pelleteries , l’exploitation des marbres de Carrare , des fonderies des Maremmes , les fabriques d’alun, de soufre, de bitume étaient encore en pleine activité. Le système de culture par des métayers, si supérieur pour cette époque à ce qui avait lieu dans le reste de l’Europe, assurait à l’Italie une fertilité augmentée encore en Lombardie par les travaux hydrauliques de Louis le More, en Toscane par les précautions prises contre les inondations et les eaux stagnantes qui désolent encore aujourd’hui des contrées autrefois fécondes. Les villages où se retranchaient les paysans, derrière des remparts, témoignaient d’une aisance qui répondait à la splendeur des grandes villes. L’Italien enfin le plus riche, le plus heureux, le plus civilisé des peuples européens, pouvait traiter de barbares les autres nations toujours prêtes à admirer ses villes splendides, ou à s’asseoir dans ses savantes écoles.

Sous ces brillants dehors il n’était cependant pas difficile de surprendre les signes d’une décadence précoce. La prospérité matérielle de l’Italie n’était plus que le riche acquis d’une activité dont l’élan était déjà épuisé. De même que les condottieri se battaient pour gagner leur solde et non pour l’honneur de vaincre, ce n’était plus l’amour des entreprises, le besoin de dépenser une énergie surabondante, mais la soif du gain qui animait le commerce ; et comme la chute de la liberté avait entraîné avec elle le véritable esprit militaire qui s’allume au foyer du patriotisme , la protection même éclairée du despotisme ne pouvait remplacer dans le développement de l’industrie et du commerce l’essor spontané de l’activité libre. Dans le domaine de l’esprit et des arts, l’enthousiasme de la science ne soulevait que la poussière du passé, ne remuait qu’üne lettre morte; le souffle de la poésie abandonnant les régions sacrées ou les agitations de la place publique , n’animait plus que les rêves fantasques d’une chevalerie héroïque, critique moqueuse et

l’italie piuncière; la renaissance (1453-1493). 331

hardie des vieux temps féodaux, ou que les voluptés trop réelles d’une énervante oisiveté. La sculpture et la peinture faisaient plus que d’abandonner les saintes traditions, elles retournaient à force d’imitation jusqu’à l’antiquité païenne, jusqu’à la fable dans leurs compositions de fantaisies, et ne craignaient pas de mêler dans leurs œuvres, aux sujets pieux, les souvenirs du présent le plus profane. Le sentiment religieux manquait aux arts. La liberté manquait à la vie publique. Dans la ruine des vieilles institutions, dans l’affaiblissement des anciennes croyances, dans l’affaissement des caractères , il n’y avait rien de réellement grand , ri?n de profond dans les créations de cette multiple fécondité. Dans le commerce il n’y avait plus que l’habitude, dansla guerre qu’un métier, dans la science que la mémoire, dais la poésie qu’un passe-temps , dans l’art que la forme.

Inutile d’ajouter que la décadence des mœurs était la cause et l’effet de tout le reste. La vie privée des principaix personnages du temps , de Ferdinand , de Laurent , le Sixte IV et d’innocent YUI, les monstruosités de Jean lia— léas, les fréquents drames des petits châteaux de la Homigne en disent assez. L’élection du pape Alexandre VI Borgà, par un conclave qu’avait acheté la simonie la plus effronté, fut la plus éclatante preuve de cette corruption générale

Arrivés à cette époque de crise dans l’histoire de la péninsule, les historiens du temps enregistrent par un espri d’imitation des écrivains anciens qui laisse percer cependail une certaine terreur superstitieuse, les prodiges qui frappèrent alors les imaginations effrayées et malades. En l’aii née 1492 le tonnerre tomba sur le dôme de Santa Reparat^ des feux nocturnes illuminèrent la villa Careggi; on aperçq dans l’air de grandes ombres qui luttaient entre elles, et 01 entendit dans l’espace des voix effroyables. L’Italie ne manj qua pas d’un avertissement plus réel.

Un moine dominicain, Jérôme Savonarole, natif de Fer-j rare, frappé des symptômes de décadence et des périls de l’Italie, entreprit de la sauver par une double réforme politique et religieuse. Il voulait rendre au clergé la pureté des mœurs, au peuple là liberté, aux lettres, aux arts le

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