CHAPITRE XIV
sentiment religieux. L’asservissement de l’Italie était pour lui un outrage à la morale, le paganisme de l’érudition et des arts un outrage au christianisme. La corruption de l’Église et les désordres des mœurs appelaient dans sa pensée un châtiment exemplaire, une vengeance de Dieu. Ce fut de Florence même, la vraie capitale de l’Italie à cette époque, qu’il espéra faire partir la réforme. Là, d’abord dans le jardin de Saint-Marc, sous un grand rosier de Damas, puis sous les vastes arcades de la cathédrale, prédicateur tribun, il commença à agiter cette population amollie par la richesse, oublieuse de la liberté, et convertie par les charmes de la science et de l’art aux mystères et aux entiainements de la mythologie païenne. On se pressa en foule aitour de sa chaire ; mais Laurent, celui qu’il accusait d’avoir enchanté les âmes pour les asservir, était là; les amis dccs Médicis jetaient en raillant sur les sectateurs , encore rires du moine, le nom de piagnoni. En vain le dominicain si faisant prophète annonçait les plus grands malheurs. «Peuple florentin, s’écriait-il, tu le sais; quand le peuple lébreu faisait bien, tout lui réussissait ; quand il se livrait aimai, Dieu déchaînait sur lui un fléau. Florence, qu’as-tu fiit? Qu’as-tu commis? Yeux-tu que je te le dise : la meure est pleine , ta malice est au comble ; le fléau est sur .oi ! » Les Florentins sortaient effrayés mais non convaincus. Quand Laurent fut près de rendre l’àme, le mqine îssaya sa puissance sur le moribond. 11 l’adjura de restituer le bien mal acquis , de rendre à Florence sa liberté , met- :ant son absolution à ce prix : Laurent refusa, et le moine, comme un autre Salvien , voyant dans de nouveaux barbares les instruments de Dieu, s’écria quelques jours après en parlant au peuple : « Le temps est arrivé ; un homme viendra qui envahira l’Italie, en quelques semaines, sans tirer l’épée. 11 passera lès monts comme autrefois Cyrus : Hxc dixit Dotninvs Christo meo Cyro, et les rochers et les forts ' tomberont devant lui. »