CHAPITRE XV
gereuse que jamais sur les Alpes orientales. Un ne croyait encore en Italie avoir à redouter que les Turcs, et on ne parvenait même pas à s’unir contre eux.
A l’avénement du nouveau pape Alexandre VI Borgia , en 1492, les souverains de l’Italie cherchèrent à renouveler encore la comédie ordinaire d’une solennelle confédération contre les infidèles ; le patronage de cet homme , qui jusque-là n’avait songé qu’à l’assouvissement de ses vices et de son ambition, sans hésiter sur le choix des moyens, n’était pas de bon augure. La présence de Ludovic le More , qui n’avait d’autre but que d’usurper, le duché de Milan sur son neveu fiancé à la fille du roi de Naples, Ferdinand, était encore un nouvel embarras. La réunion des souverains de l’Italie ne fut pour eux que l’occasion de faire éclater leurs discordes. Alexandre VI, qui avait d’abord demandé, pour prix de son alliance au roi d’Aragon, sa petite-fille pour son fils César Borgia, rompit tout à coup les négociations sur les instances de Ludovic le More, effrayé de voir les souverains du midi ligués contre lui.
Mécontents de cette rupture, Pierre de Médicis, fils aîné de Laurent, et Ferdinand de Naples, formèrent un instant le projeffrde faire occuper Rome par les Orsini, comme Ostie l’était déjà par un des cardinaux ennemis d’Alexan- • dre, Julien de la Rovère, afin d’entraîner le pontife. Ludovic le More, dans sa crainte de voir toute l’Italie contre lui, appela l’étranger. En échange d’un diplôme ducal, il donna d’abord sa fille Maria, avec une riche dot, au nouvel empereur Maximilien sans Argent. Mais bientôt il trouva mieux. Le roi de France Charles VIII, héritier des droits de la maison d’Anjou sur Naples , méditait une expédition en Italie. Pour s’assurer le nord , Ludovic promit de lui livrer le midi de l’Italie. Ainsi les princes après avoir perpétué les divisions de la péninsule finissaient par la livrer.
On ne pouvait choisir un plus mauvais moment pour introduire l’étranger. Partout les Italiens, las de leurs gouvernements, cherchaient un changement et, comme dit Comines, commençaient à prendre cœur et à désirêr nouvelletés. Les barons napolitains, décimés par Ferdinand,
NOUVELLES INVASIONS DES BARBARES. 3.‘i.r)
attendaient une occasion de se venger ; deux émigrés , les princes de Salerne et de Bisignano, encourageaient Charles VIII à répondre à l’invitation du More. Dans la Toscane, Pierre de Médicis, élégant cavalier, joueur de paume intrépide, mais politique maladroit, augmentait les partisans de Savonarole, les Fraleschi, en laissant trop paraître la main du maître au milieu des fêtes et des plaisirs qu'il donnait à Florence. Dans les États de l’Église, où Alexandre VI Borgia allait rompre bientôt avec Ludovic le More pour retourner à l’alliance de Ferdinand, on devait compter sur le bras français pour débarrasser Borne et l’Église d’un pape qui se montrait à ses vassaux fort tyrannique et fort exigeant.
Le cardinal Julien de la Rovère, qui était sans cesse sur la route d’Ostie à Gènes, et de Gènes en France, se faisait déjà le centre d’intrigues redoutables formées contre le pape. Venise, dont l’intervention puissante et désintéressée eût pu être d’une grande utilité, resta à l’écart « dans , son ambition importune et impétueuse , croyant avoir toujours le vent en poupe, et ne se taisant jamais faute de gagner aux dépens de chacun, » même de l’Italie.
San Marco impetuoso ed iniportuno