‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 176 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

aveugle de Ferrare, Bello, dans son poème chevaleresque de Manbricn, parlait déjà avec complaisance des exploits d’un nouveau Charles, qui dépasseraient ceux de ses héros.

Expédition do Charles VIII; bataille de Eornovo; chute des Slédlcls (tl»*>l4#8).

L’expédition de Charles VIII ressembla en effet assez par l’imprudence et le bonheur , l’éclat des fêtes , la rapidité du succès et les résultats, à celle d’un de ces chevaliers dont s’amusaient les loisirs de l’Italie. Une puissance mystérieuse, mais plus saisissable que celle des Roland ou des Renaud de Montauban, fit tomber devant lui toutes les barrières, et amena tous les princes à ses pieds. C’étaient les inimitiés déclarées des souverains de l’Italie entre eux , et le mécontentement secret des Italiens contre leurs maîtres.

L’armée française était forte et de bel aspect ; toute la noblesse du royaume magnifiquement armée et caparaçonnée, au nombre de quinze mille hommes, tant gens d’armes qu’écuyers, huit mille arquebusiers gascons, six mille hallebardiers suisses, quinze cents archers français et cent cinquante gros canons suivaient le conquérant ; mais, dit Comines : « Toutes choses nécessaires à une aussi grande entreprise manquaient ; il n’y avait ni tentes, ni pavillons et nul argent comptant. » L’Italie y pourvut. La duchesse Blanche de Savoie ouvrit au conquérant le mont Genèvre et les forteresses du Piémont , et le traita magnifiquement dans Turin ; la marquise de Montferrat en fit autant à Casai. Le jeune roi, préparant courtoisement ses armes, « fit joustes et tournois chaque jour, et le soir dansa et balla avec les dames, » tout en se faisant prêter les brillants des deux duchesses qu’il mit en gage. A Asti , le More vint audevant de son allié, lui offrit ses services et l’emporta aisément sur le jeune duc Galéas et sa femme Isabelle, qui se jetèrent vainement à ses pieds. Charles VIII démentit son rôle de preux chevalier. Les sourires des belles dames milanaises que Ludovic avait amenées furent plus puissants sur lui que les larmes d’Isabelle : il se décida en faveur du tyran , qui fit quelques jours après administrer une potion

empoisonnée à sa victime , et , ne craignant plus les mécontents, rejoignit effrontément l’armée française.

Au centre de la péninsule môme bonheur. Le roi de Naples, Ferdinand, était mort au moment de la lutte, laissant pour successeur son fils aîné, Alphonse, aussi détesté et moins habile que lui. De ses deux armées, l’une, commandée par son fils Ferdinand, fut arrêtée dans les Apennins par l’avant-garde de d’Aubigny; l’autre, amenée sur une flotte, vaincue à Rapallo, dans la rivière de Gènes, par Louis d’Orléans. Charles VIII, quelque temps assez dangereusement malade à Asti, traversa Parme, Plaisance, et revint sur Pontremoli pour entrer dans la Toscane par la Lunigiane.

Il pouvait être arrêté là par les deux villes de Sarzane et de Pietra Santa. Mais à Florence le peuple se rappelait que les Français avaient été les protecteurs du parti guelfe; il murmura contre l’autorité de Pierre, allié du roi de Naples; Savonarole vit dans Charles VIII l’envoyé de Dieu, l’instrument de sa réforme politique et religieuse. Pierre effrayé se rendit au camp français pour assurer au moins son autorité dans Florence par sa prompte soumission ; il lui fit ouvrir ses deux forteresses, et lui promit l’entrée des autres villes de Toscane, avec faculté d’y mettre garnison jusqu’à la fin de l’expédition. Cette lâcheté livra la Toscane mais ne le sauva pas. Mal accueilli à son retour par le peuple, il essaya en vain des menaces, des prières, de l’argent, et fut obligé de s’enfuir de Florence devant le cri : plus de Pâlie ! et au bruit des portes brisées de ses palais mis au pillage.

Après avoir rendu la liberté à Pise depuis quatre-vingtsept années sujette, Charles entra dans Florence en vrai conquérant, la lance sur la cuisse et à la tête de son armée. Comme un chevalier capricieux qui délivre et qui enchaîne, il voulait d’abord imposer Pierre à la république, mais il céda aux impérieuses prières de Savonarole et à la fermeté du gonfalonier Capponi, qui menaça de faire sonner les cloches , s/ le roi faisait sonner les trompettes. En cas de conflit, le roman eût pu avoir une fin tragique pour le héros, au milieu des rues étroites et des palais massifs d’une ville soulevée par la voix fanatique du dominicain.

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