‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 178 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

remontant jusqu’à trois générations, du titre de citoyen, avec mission d’élire les magistrats et de contrôler toutes les mesures de la seigneurie. Savonarole se croyait au moment d’imposer à la molle et païenne Florence les règles d’un couvent de laïques, et voulait maintenant en faire autant à Pise et à Sienne, qui s’étaient mises sous la protection française.

Au centre , il n’y avait pas à compter sur Alexandre VI. Au nord, Ludovic le More, assuré du duché de Milan, était l’ennemi naturel d’un prince qui avait son royaimffè sur les Alpes, sa conquête au midi de la péninsule, et qui était le parent, le protecteur naturel du duc d’Orléans entêté dans ses prétentions sur le Milanais.

Au dehors de la péninsule, le césar Maximilien qui ne croyait pas les droits impériaux périmés en Italie , le roi d’Espagne, Ferdinand le Catholique, de la maison d’Aragon, effrayés tous deux de l’agrandissement subit d’un voisin , et lésés dans leurs propres prétentions, étaient disposés à aider l’Italie à se débarrasser de l’hôte incommode qu’elle avait appelé. Venise crut que le moment était venu de faire ses affaires au milieu de la confusion générale ; elle réunit dans une ligue les souverains étrangers et les princes italiens pour arracher Charles VIII au royaume de Naples, et introduisit encore , par une autre porte , celle de l’intervention , les étrangers dans la péninsule.

Averti par son ambassadeur à Venise, Philippe de Comines,'que la république, le pape, Ludovic le More, Ferdinand le Catholique et Maximilien avaient signé une ligne offensive contre lui , le 31 mars , et fixé le contingent de leurs troupes , qui *déjà se rassemblaient en Sicile et dans la Lombardie , Charles prit une prompte résolution , et montra alors véritablement aux Italiens le héros que leur bonne volonté seule avait fait jusque-là. Le 20 mai, il partit de Naples laissant une portion de son armée à Gilbert de Montpensier, fait vice-roi , et à d’Aubigny gouverneur de Calabre. Le pape s’enfuit à son approche. Il lui restitua cependant Civita Vecchia et Terracine, ne gardant qu’Ostie pour le cardinal Julien de la Rovèrc. Assailli en

traversantlaToscane parles réclamations contrairesde Sienne, de Florence, de Pierre de Médicisetde Pise, il laissa le capitaine de Ligny avec deux cents lances dans Sienne, refusa d’imposer Médicis aux Florentins, mais maintint la liberté de Pise , et se hâta d’atteindre les Apennins à la nouvelle que Louis d’Orléans, après avoir surpris Novare, était vivement pressé dans cette ville.

Arrivé au pied des monts , à Pontremoli , Charles détacha une partie de ses troupes pour tenter sur Gènes une entreprise qui échoua , et franchit les montagnes à la tète du reste , malgré d’incroyables fatigues causées surtout par le transport de la grosse artillerie. Sur le revers , il vit se déployer , dans la vallée du Taro, l’armée des alliés , forte de quarante mille hommes et commandée par le marquis François de Mantoue, assisté de deux provéditeurs de Venise. Ce fut là que les Italiens trouvèrent en réalité, sur le champ de bataille, le Morgante maggiore. Charles VIH, à la tète de neuf mille hommes , après avoir inutilement demandé le passage, partit du village de Fornoue (Fornovo), envoya son avantgarde, commandée par l'Italien Trivulce (Trivulzio), sur le Taro, et conduisit lui-même le gros de son armée. « Il semblait en ce jour, dit son historien , que ce jeune homme fût tout autre , car il avait le visage bon et de bonne couleur, la parole audacieuse et sage. » Attaqués en tête et en queue, les Français firent intrépidement face partout , et , avec une impétuosité inconnue à l’Italie, jetèrent à terre, en une heure, trois mille hommes, et dispersèrent le reste avec perte de deux cents hommes seulement. Charles VIII, au centre, soutint pendant quelque temps tout l’effort de la bataille. C’était le premier de ces combats que les Italiens, frappés de la furia francese , devaient encore appeler, par un souvenir de leurs poètes, les batailles de géants.

La victoire de Fornoue (6 juillet 1495) n’eut, il est vrai, pas plus de résultat que si elle eût été remportée sur le traître Ganelon de la légende. Hors d’état de délivrer le duc d’Orléans dans Novare, et pressé de passer les Alpes, Charles VIII J ne voulant même pas accepter le secours de vingt uidle Suisses qui descendaient déjà de leurs montagnes, fit

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