CHAPITRE. XV
avec Ludovic le More un traité par lequel il lui restituait Novare, et recevait son hommage pour la ville de Gènes. Au midi , le lendemain même de la bataille de Fornoue, le roi, détrôné par Charles VIII, Ferdinand, déjà maître de Reggio , rentra dans la ville de Naples, accueilli avec les mômes acclamations du peuple qui avaient salué naguère le conquérant. Soutenu des secours de Venise et des troupes de Ferdinand le Catholique , il ne lui fallut pas longtemps pour chasser les Français des deux châteaux de Naples, et resserrer dans Àtella Gilbert de Montpensier, qui mourut de la peste , et à Groppoli le sire d’Aubigny, qui eut au moins l’honneur de ramener en France ses deux mille lances (1496); l’avénement de Frédéric, le prince le plus aimé des Napolitains, après la mort de Ferdinand, dans la même année, parut affermir cette prompte restauration.
L’Italie cependant n’en fut pas quitte à si bon compte; la marche triomphale d’un conquérant avait rompu l’ancien équilibre établi et maintenu avec tant de peine entre les États italiens; de nouveaux germes de haine et de division mettaient aux prises les souverains entre eux , et les sujets avec les souverains. La vieille lutte des guelfes et des gibelins, qui paraissait depuis longtemps terminée par la victoire des souverains dans chaque ville , était de nouveau déchaînée. Ludovic le More contenait avec peine ses sujets , le pape ses vassaux. Ce fut en Toscane surtout qu’on vit les deux vieux principes aux prises.
Seule alliée des Français dans lesquels elle persistait à voir les anciens protecteurs du parti guelfe , seule république démocratique en présence de tant de souverains italiens, foyer d’un mouvement religieux aussi opposé que sa politique aux dispositions du reste de l’Italie , Florence ameuta encore contre elle tous 3es voisins en voulant reprendre Pise. Le moine tribun qui faisait un public autoda-fé des joyaux des femmes, et des poèmes favoris des hommes, qui du haut de sa chaire organisait parmi les jeunes gens, car les vieillards étaient durs comme pierre , une sorte de milice congréganiste pour faire la police des mœurs et des opinions, Savonarole, rendit, par l’enthou-
siasme, à Florence quelques-uns de ses anciens jours de gloire. Il contint le pape, qu’il ne ménageait point dans ses invectives, en soulevant contre lui les Orsini et les Yitelli. Il repoussa Pierre et Jean de Médicis, Venise et le duc de Milan, l’empereur Maximilien lui-même , qui vint faire son entrée dans Pise en vrai prince gibelin , et y remplaça les lis de la France par les armes de l’empire.
Mais le tempérament de Florence ne pouvait s’accommoder longtemps d’une constance et d’un régime qui n’étaient pas dans ses habitudes. Les trahisons commencèrent bientôt. Accusé de relations avec les Médicis, Nero, entre autres, fut condamné à mort, privé du bénéfice de l’appel au peuple que lui accordait la constitution, et exécuté dans la nuit. Le crédit des frateschi fut atteint par cet abus de la force et cette violation du droit. Alexandre VI, qui ne pardonnait point à Savonarole ses hardiesses, profita habilement de cette circonstance; il accusa Savonarole d'hérésie pour quelques propositions hasardées dans ses improvisations, et lui interdit la prédication. Les ennemis du moine, les partisans des Médicis, les libertins, les arrabiati , reprirent courage. Florence se lassa de soutenir la guerre et d’attendre les secours de Charles V 1 1 1 , toujours prédits, jamais envoyés. Savonarole se roidit contre l’attaque, déclara, sur la foi d’une révélation, qu’il était relevé de la sentence d’un juge corrompu, et continua à prêcher. Un frère de l’ordre des augustins, rivaux des dominicains, François de Reuille , poussé par le saint-siège, offrit de prouver par l’épreuve du feu la fausseté de la mission de Savonarole. Un sectateur du dominicain accepta le défi. Le surlendemain, avec l’assentiment de la seigneurie, et en présence de toute la ville assemblée, deux bûchers entre les flammes desquels les deux frères devaient passer, s’élevèrent sur la place publique. Au moment de l’épreuve, les franciscains ne voulurent pas permettre au champion de Savonarole d’entrer dans les flammes avec le saint sacrement; le dominicain refusa de se risquer sans la protection de son Dieu. La discussion se prolongea au milieu de l’impatience et des cris des Florentins. Enfin, un orage survint, qui dispersa acteurs et spectateurs. Mais