CHAPITRE XV
le lendemain le peuple, poussé par les arrabiati , et se croyant joué , assiégea à coups de pierres le couvent des dominicains, et fit main basse sur Valori et ses partisans qui voulaient le défendre. Au milieu du tumulte, une nouvelle balie ordonna l’arrestation et le jugement du moine, et déposa ou proscrivit ses partisans. Savonarole condamné, fut publiquement brûlé dans cette ville qui l’avait adoré, moins pour ne s'étre pas sauvé lui-même, que pour n’avoir pas sauvé Florence par un miracle.
Conquête du Milanais par Louis XII; Alexandre VI et César Borgla (140*1- 1503).
Il était temps de suspendre le jeu. Ce n’était pas en vain que les Italiens avaient de nouveau montré aux barbares le chemin de la péninsule. LouisXIl, successeur deCharles VIII, prenait alors les titres de duc de Milan et de roi de Naples. Trois condottieri, qui faisaient au reste la guerre à la vieille mode italienne, San Severino pour le More, Barthélemy d’AIvianopour Venise, et Paul Vitelli pour Florence, n’en continuèrent pas moins à se disputer Pise. Hercule d’Flste, duc de Ferrare, pour terminer la guerre, se proposa vainement comme arbitre. Florence répondit à cette ouverture en faisantdécapiter son condottiere qu’elle soupçonnait detrahison.
Louis XII eut belle à faire valoir, comme héritier des Visconti, ses prétentions sur le Milanais, au milieu de toutes ces rivalités. Venise qui avait été l’àme de la ligue contre Charles VIII, le reconnut comme duc de Milan, et s’engagea à attaquer Ludovic le More avec six mille hommes, sur la promesse de la ville de Crémone et de la Ghiara d’Adda. Alexandre VI, jusque-là adversaire assez décidé des Français, fut désarmé par la cession faite à son fils César Borgia, du duché de Valentinois , avec promesse de secours pour l’aider à se faire une principauté dans la Romagne. Florence avait trop d’affaires en Toscane, où Pierre de Médicis liguait contre elle Pise , Lucques et Sienne , pour avoir le loisir de regarder ailleurs, et n’attendait son salut que des Français.
Abandonné de ses alliés, le More pouvait encore moins compter sur ses sujets. Bien qu’il eût fondé une académie
des beaux-arts, des écoles, bâti un théâtre, réuni autour de lui des savants, des artistes, entre autres Bramante qui lui élevait le lazaret de Milan, la coupole délia Grazia, et le cloître Saint-Ambroise, et Léonard de Vinci, qui peignait pour lui son admirable Cène; le crime qui avait accompagné son usurpation pesait sur lui. Il essaya de rassembler les personnages les plus importants du Milanais et de justifier sa conduite : on prit cette avance pour de la faiblesse. 11 lit encore la faute d’appeler à son aide les Turcs, qui pénétrèrent sous Scander-Bassa jusqu’aux rives de la Livenza. Ce dernier trait le perdit tout à fait.
La lutte ne fut pas longue. Louis XII, en homme habile, mit à la tête de vingt-cinq mille gendarmes, français, suisses, et gascons, un Italien, Jacques Trivulce, condottiere, guelfe exilé et ennemi juré de Ludovic le More. Trivulce n’eut qu’à se présenter pour enlever Annone, Bassignano, Tortone et tout le pays transpadan (1 499). Les guelfes, le parti de la liberté, le reçurent avec transport. Le condottiere San Severino, chargé de défendre la forte position d’Alexandrie, abandonna son armée. Effrayé, le More envoya ordre à Gajazzo, qu’il avait opposé à la république, d’aller prendre le commandement d’Alexandrie, et ouvrit ainsi à l’orient le pays aux Vénitiens, qui s’avancèrent jusqu’à Lodi. Une révolte du peuple de Milan, qui tua en pleine place publique le trésorier du duc, acheva le More. Il mit une garnison d’élite dans la citadelle de Milan, fit partir ses enfants et ses trésors sous bonne escorte pour l’Allemagne, et les alla bientôt rejoindre à Inspruck dans les États de l’empereur Maximilien. Une députation de Milanais vint offrir à Trivulce les clefs de la ville. Le commandant de la forteresse abandonna son poste pour une somme d'argent. Les Gascons de Louis XII renversèrent à coups de flèches une statue équestre de l’usurpateur, à laquelle Léonard de Vinci avait travaillé douze ans. Le roi de France vint faire son entrée triomphale à Milan, y installa un nouveau gouvernement, et y reçut les ambassadeurs des principaux États italiens , des seigneurs de Ferrare, de Mantoue, de Bologne et des Florentins, avec lesquels il prépara une alliance contre Naples.