‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 19 sur 347 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

emporter, sur les bords de l’Adriatique, au milieu de ces lagunes d’où sortit plus tard Venise ; image de l’Italie nouvelle, qui ne devait renaître que des désastres et des ruines de l’ancienne ! A Milan, le roi des Huns ordonna de conformer aux circonstances présentes , un tableau où les chefs des Scythes étaient prosternés devant un empereur romain ; et il se fit peindre lui-méme ayant l’empereur et les Romains à ses pieds. Tout cela annonçait à Rome un sort terrible. Valentinien ne s’était plus cru en sûreté , même à Ravenne ; à Rome le sénat et le peuple effrayés de l’éloignement d’Aétius tremblaient. Ils furent sauvés par une intervention toute nouvelle.

Les premiers personnages du sénat et l’évêque de Rome , Léon , avaient été chargés d’apaiser le barbare. Léon , par ses qualités personnelles autant que par la dignité de son siège, jouissait alors d’un grand crédit en Occident; déjà , comme archidiacre de l’Église romaine , il avait été chargé par l’empereur de terminer une querelle survenue en Gaule entre le patrice Aétius et le préfet du prétoire Albinus. Au moment où l’autorité politique de l’empire allait s’amoindrissant tous les jours , il avait soutenu , étendu dans plusieurs occasions, l’autorité spirituelle du siège de Rome. En Gaule il avait réintégré dans son siège Célidonius , chassé à main armée par Hilaire d’Arles ; il avait transporté même d’Arles à Vienne la dignité métropolitaine , et obtenu, à ce sujet, un rescrit de l’empereur Valentinien qui engageait l’Église , dans l’intérêt de la paix, à reconnaître son chef universel. Tune enirn demum Ecclesiarum pax ubique servabitur, si rectorem suum agnoscat vniversitas. En Orient, dans la fameuse affairé d’Eutychès, il avait condamné le concile d’Éphèse en faveur de celui de Constantinople (450); et l’année suivante, en retour (451), le concile de Chalcédoine reconnaissait implicitement la suprématie de l’évêque de Rome au-dessus de toutes les Églises.

Le moment était favorable pour agir sur l’imagination du barbare ; le climat meurtrier de l’Italie commençait à décimer les Huns. Aétius approchait à la tête d’un renfort envoyé par l’empereur d’Orient , Marcien. Frappé de l’aspect

vénérable et des paroles du souverain pontife des chrétiens, déjà respecté de tous; effrayé par le souvenir d’Alaric , qui n’avait pas survécu longtemps au sac de larville éternelle , Attila se laissa désarmer par la promesse d’un tribut et se retira au delà du Danube où il mourut bientôt. L’Italie, dans la faiblesse de l’empire , fut pour la première fois redevable de son salut peut-être à la papauté (452). Elle la sauva du barbare qui effrayait la barbarie môme.

Rome sauvée, Valentinien 111 crut pouvoir faire le maître. Les empereurs voyaient bien que leurs chefs de 4a milice et les barbares qui leur servaient d’auxiliaires, ne combattaient que pour eux-mêmes, et ne sauvaient l’empire que pour le garder. Aétius , par ses mercenaires dévoués et ses relations avec les barbares, effrayait Valentinien comme autrefois Stilicon avait effrayé Ilonorius. Importuné par les demandes du sauveur de la Gaule, qui voulait pour son fils, Gaudentius, la fille de l’empereur, Eudoxie, Valentinien, cette femmelette insensée (semi-vir amens) , tua Aétius de sa propre main et précipita les dernières convulsions où s’éteignit l’empire.

On vit alors comment, sans un barbare, l’empereur et le sénat entendaient le gouvernement et la défenso de l’Italie. Tout danger n’avait pas disparu avec Attila. Le Vandale Genséric jetait déjà ses pirates sur les côtes de la Sicile , et après la chute des Huns, la nation depuis quelque temps nomade des Ostrogoths passait le Danube et s’établissait en Pannonie, tout près des Alpes orientales. Valentinien , tout à ses criminels plaisirs , attira dans un piège pour la déshonorer, l’épouse du plus illustre des sénateurs, Maxime. Celui-ci, oubliant la patrie pour venger sa femme, morte de honte , assassina l’empereur, prit violemment son trône et sa veuve Eudoxie, qui mit le comble à cotte suite de crimes et de vengeances, en appelant, contre son nouvel époux, le barbare Genséric, et en lui livrant Rome (455).

En présence du Vandale débarqué à Ostie , le peuple romain n’eut que le courage de tuer, au milieu d’une émeute, son nouvel empereur Maxime. Saint Léon ne put arrêter l’arien Genséric aussi facilement que le roi des Huns, bar-

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