CHAPITRE XV
dans Faenza, lui accorda la liberté s’il voulait rendre la ville, le fit étrangler deux jours après , et resta ainsi maître de la Romagne que son père érigea pour lui en duché, du consentement du conclave subitement gagné par une création doublement lucrative de douze cardinaux (1500).
Florence au contraire ne put rien contre Pise malgré ses auxiliaires français. Les Pisans surent, comme ils l’avaient fait déjà une première fois, exciter la compassion et la générosité des Français, qui n’eurent pas le cœur de combattre ces braves citoyens. Le nouveau duc de Romagne s’apprêtait déjà à tirer avantage contre les Florentins mêmes de son succès, lorsque Louis XII entraîna les uns et les autres dans l’exécution de ses projets.
Le roi de France pour s’assurer sans coup férir du royaume de Naples et ne pas exciter la jalousie du plus puissant de ses voisins, avait fait avec Ferdinand le Catholique un traité de partage, qui lui accordait Naples, la terre de Labour et les Abruzzes avec le titre de roi , et laissait comme duché indépendant au roi d’Espagne la Pouille et la Calabre. Tandis que l’armée française commandée par d’Aubigny et suivie par César Borgia et Pierre de Médicis, partait de Rome pour envahir la frontière , Gonsalve de Cordoue , général de Ferdinand , débarqua dans la Calabre une armée comme pour venir au secours du roi de Naples. Le malheureux Frédéric , aimé de ses sujets, mais à la tète d’un royaume démantelé et découragé, n’espérait qu’en Gonsalve de Cordoue, et lui livrait toutes les places de la Calabre pour appuyer ses opérations. En voyant les Français pénétrer dans Capoue, y égorger sept mille habitants et menacer Naples, il invoqua le secours de Gonsalve, et ce fut alors seulement qu’il apprit le traité de Grenade et la trahison dont il était victime. Obligé de laisser les Français entrer sans résistance dans Naples etdansGaëte, plus irrité contre un traître que contre un ennemi, il livra aux Français le château Neuf, se retira d’abord dans l’ile d’ischia, puis se remit au roi Louis XII qui l’envoya terminer ses jours en France avec le titre de duc d’Anjou. Le seul poète qui eût jeté un cri patriotique au commencement de ces guerres
donna un rare exemple de fidélité à son protecteur; Sannazar accompagna dans son exil le prince détrôné , et sur les bords de la Loire lui fit encore entendre un doux écho do la patrie perdue (1501).
La possession commune du royaume de Naples par deux rois jaloux l’un de l’autre était difficile ; une contestation s’éleva bientôt entre le duc de Nemours, vice-roi pour Louis XII, et Gonsalve de Cordoue, au sujet de l’impôt payé par les troupeaux qui passaient au printemps des plaines de la Pouille sur les hauteurs de l’Abruzze. On en vint bientôt aux mains dans la Basilicate à Atripalda ; le duc de Nemours plus prêt à la guerre chassa les Espagnols de la Calabre et resserra Gonsalve dans Barletta (1502). Le roi de France paraissait devoir tirer seul profit du traité de Grenade , et croyait pouvoir sans danger ordonner à son viceroi de suspendre les hostilités pour entrer en négociations avec l’Espagne. Il tenait l’Italie, comme dans un étau, entre la domination française du nord et celle du midi.
Mais en oayant l’alliance de la papauté , Louis XII avait rendu au saint-siège plus de puissance politique qu’il ne convenait à ses desseins. Après la guerre , César avait repris son œuvr 5 avec un redoublement de ruse et d’énergie. Il avait prié le duc d’Urbin, Gui d’Ubaldo, de lui prêter ses hommes et ses canons pour attaquer Camerino, et lui avait justement pris Urbin avec ses propres armes. Maintenant il emportait Camerino dont il condamnait à mort le seigneur avec ses deux fils , et faisait attaquer en dessous main la ville de Florence par Vitelli, et les Bentivoglio à Bologne par la faction des Marescotti. Tous les voisins d’Alexandre VI pressaient Louis XII, à Asti, dp débarrasser l’Italie de cette criminelle engeance espagowe. César sentant le péril se rendit en toute hitte auprès du roi ; il désavoua le condottiere Vitelli, gagna le cardinal d’Amboise, en promettant de lui assurer la tiare , et fascina Louis XII qui lui prêta encore trois cents lances avec autorisation de continuer ses conquêtes même sur ses alliés.
Les Florentins effrayés sacrifièrent au danger leurs vieux sentiments démocratiques ; ils fortifièrent le pouvoir exécutif