CHAPITRE XV
en nommant gonfalonier à vie le vieux Soderini, qui envoya auprès de César Borgia, comme ambassadeur et comme surveillant, son jeune compatriote Machiavel. Les Orsini, les Yitelli, les Baglioni, les Pétrucci, les Bentivoglio s’unirent à la Magione contre leur cruel ennemi , et rétablirent Gui d’Ubaldo dans Urbin. Une révolte éclata même dans le nouveau duché de Borgia. César dans cette circonstance déploya toutes ses ressources. Cet homme fougueux qui faisait assassiner sur les marches du palais le second mari de sa sœur Lucrezia , un autre prodige de vice ; qui tuait lui-même sous le manteau pontifical, un favori d’Alexandre VI, savait aussi se contenir quand il le fallait et prendre son temps pour vaincre : « ce qu’on n’a pas fait à l’heure de midi , disait-il , se fera le soir. » Il entama des négociations avec ses ennemis ; il trompa Machiavel et les Florentins, qui refusèrent d’entrer dans la conspiration de la Magione , rassembla en silence une armée, reprit de nouveau Urbin, Senigaglia où s’étaient réunis Oliverotto de Fermo, Vitelli et Paul Orsini , qu’il y fit massacrer, emporta Citta di Castello, et chassa même de Pérouse et de Sienne les Baglioni et les Pétrucci , ses ennemis. Alexandre VI lui prêtant main-forte faisait de son côté arrêter tous les Orsini à Rome, et empoisonnait le cardinal Orsini. Dans l’État de l’Église le peuple, applaudissait à la mort, de ces petits tyrans nobles ou non nobles, qui avaient fait de cette partie de l’Italie un véritable coupe-gorge. Les Borgia étaient tout-puissants (1503).
Le roi de France, de nouveau inquiet, arrêta le fils du pape, intercéda pour les Orsini, et rétablit Pandolphe Pétrucci à Sienne. Mais l’impénétrable César Borgia ( secretissimo, dit Machiavel), se tourna alors contre les Français. Ferdinand le Catholique, après avoir trompé Louis XII par un semblant de traité , venait d’envoyer do nouveaux renforts à Gonsalve de Cordoue, qui battait successivement d’Àubigny à Seminara et le duc de Nemours à Cérignoles. C’était le moment de faire volte-face. Le saint-siège aimait mieux voir le midi de l’Italie aux Espagnols qu’aux Français déjà maîtres du nord. César commença à entrer en négociations avec Ferdinand le Catholique , reçut sous sa pro-
teetion Pi se trop vivement pressée par les Florentins, menaça de nouveau Sienne, et, entre Gonsalve de Cordoue déjà maître de Naples et La Trémouille sur les Apennins, se fit marchander par les deux adversaires. Au milieu de la guerre sérieuse qu’il prévoyait, il convoitait déjà comme une proie facile les deux républiques de Bologne et de Florence. En cas de mort de son père , il avait tout préparé pour rester maître du conclave et porter à la papauté une de ses créatures. « Aut Cæsar, aut nihil , >* répétait-il plus fréquemment que jamais dans son insatiable ambition.
Au milieu de ces projets, Alexandre VI but lui-même et servit à son fils un breuvage empoisonné qu’il avait fait préparer pour un de ses cardinaux. Le pape en mourut (17 août). César en revint ; mais il perdit par sa maladie le bénéfice de toutes ses précautions. Heureux de pouvoir se maintenir dans le Vatican et dans le Borgo, il vit tous ses ennemis rentrer dans Rome, et les seigneurs des environs recouvrer leurs châteaux, excepté dans la Romagne; le conclave lui échappa, et élut, pour avoir le temps de se reconnaître, malgré la présence de l’armée française retenue à dessein par l’ambition du cardinal d’Amboise, un vieillard aux portes du tombeau, le vertueux Pie III, qui laissa aller les choses. Pendant les vingt-huit jours de son pontificat, le marquis de Mantoue, successeur de La Trémouille, entraîna l’armée française vers les frontières du royaume de Naples, et la ville de Rome fut ensanglantée par les combats des Colonna et des Orsini contre les gens de Borgia. Mais à la mort de Pie, les cardinaux purent faire un choix sérieux dans la personne de Julien de la Rovère , sous le nom de Jules II (31 octobre).
JolcN il; Kannilwilon de* Ktatn de l'igllse ; ligne de Cambrai; guerre de l'indépendance (1503— 1. VI *).
L’exaltation de Jules II, signalé dès sa jeunesse par son humeur belliqueuse, ses talents politiques et son ambition, était comme l’avénement d’une nouvelle puissance au moment où la papauté se trouvait restaurée dans la péninsule. Le nouveau pape cependant , assez maître de lui pour contenir son ardeur et pour cacher ses desseins , ne parut d’a-