‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 186 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

enfin une flotte pontificale soulève Gènes contre les Français. Julien de la Rovère, disposant en maître de l’Italie, et remuant l’Europe par ses intrigues, commence une guerre d’indépendance, et rêve déjà le rétablissement de la suprématie pontificale du moyen âge.

Louis XII ne pouvait plus se méprendre sur les intentions du pape. Il obtint d’un concile d’évêques français l’autorisation de repousser la force par la force. Jules II, de son côté, jeta les clefs de saint Pierre dans le Tibre , et saisit l’épée de saint Paul. Tandis que Venise reprenait Yicence et attaquait Vérone , il vint s’établir lui-même dans la ville de Bologne , et jeta sur la Romagne ferraraise le duc d’Urbin, qui s’empara de Modène. Le général français, Chaumont, marcha contre son quartier général; Jules II dénonça son attaque comme un outrage à sa sainteté , arma les milices bolonaises jusqu’à l’arrivée des secours de Venise, sortit alors de la ville , mit en personne le siège devant la Mirandole , et , malgré une embuscade du chevalier Bayard et les rigueurs de la saison , y entra par la brèche (20 février 1511).

Mais derrière lui une faction soulevée à Bologne rappela les Bentivoglio , et brisa sa statue , œuvre de Michel-Ange. Le cardinal de Pavie, qu’il avait laissé dans la ville, s'enfuit ; le duc d’Urbin se laissa battre au pont de Casalecchio sur le Reno par Trivulce. Les deux vaincus s’accusant mutuellement de leurs désastres, mirent le comble au désordre. Le duc d’Urbin, dans un moment de colère, alla jusqu’à faire assassiner le cardinal au milieu de ses gardes. De retour à Rome, tantôt sombre, tantôt menaçant, Jules II fut encore abattu par une maladie qui ie laissa pour mort quelques heures ; mais en apprenant que Louis XII et Maximilien convoquaient un concile général à Pise pour y réformer l’Église dans son chef et dans ses membres , il se releva plus terrible que jamais.

Ses adversaires avaient fait une foute en transportant la lutte sur le terrain spirituel. Jules II ne parla plus seulement au nom de l’Italie, mais au nom du catholicisme attaqué dans sa personne. Comme chef de la chrétienté, il renou-

vêla ses négociations avec Ferdinand le Catholique, avec Henri VIII d’Angleterre, avec les Suisses qu’il honora du titre de défenseurs du saint-siège , et les amena à conclure à Venise, pour sa défense, une sainte ligue. L’interdit fut lancé sur Pise et les cardinaux dissidents, et un autre concile convoqué à Saint-Jean de Latran pour le commencement de l’année suivante. Comme l’avait prévu Machiavel, la flamme s’éleva jusqu’au ciel. Le peuple de Pise, soulevé par les agents pontificaux, ne permit pas aux prélats de se rassembler. Raymond de Cardone, à la tête des troupes espagnoles du royaume de Naples , vint se joindre aux troupes pontificales et mettre le siège devant Bologne. Les Vénitiens parvinrent même à s’introduire dans Brescia par la trahison de Louis Avogoro ; enfin seize mille Suisses , levés par le cardinal de Sion, Mathieu Scliinner, descendirent les Alpes dans le Milanais.

Le roi Louis XII résista d’abord à cette attaque formidable, grâce à la vaillante épée d’un héros. Le jeune Gaston de Foix, âgé à peine de vingt-deux ans, rejette les Suisses dans leurs montagnes en décembre 1511 , délivre en janvier Bologne assiégée par le pape et Raymond de Cardone, reprend le 20 février la ville de Brescia qu’il punit de son héroïque résistance par un massacre et un pillage de deux jours, reparaît en mars dans la Romagne , attire Raymond de Cardone en livrant deux assauts à Ravenne, et remporte sur lui la plus sanglante victoire de toute la guerre (11 avril 1512). C’en était fait de Jules II peut-être, si Gaston emporté à la poursuite des fuyards par la furie française, n’avait été tué au milieu de ses triomphes par un soldat espagnol.

Maximilien Sforza rétabli dan* le Mllanal»; rentrée de» BlédlcU b Florence; le* Espagnol» b Aaplei (15lt>ltlSj.

A cette nouvelle, Jules II, qui avait été sur le point de traiter, rompit toutes négociations ; il détermina Maximilien à entrer dans la sainte ligue , ouvrit le concile de Latran , s’y fit conseiller la poursuite de la guerre et la poussa vivement. Vingt mille Suisses se jetèrent dans la Lombardie

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