CHAPITRE XV
pour y rétablir un fils de Ludovic le More, Maximilien Sforza, tandis que Ferdinand le Catholique et Henri VIH s’apprêtèrent à envahir la France même. Le successeur de Gaston de Foix, La Palisse, obligé d’abandonner la Romagne devant l’armée de Raymond de Cardone ralliée et augmentée de nouveaux renforts, se trouva, avec une armée affaiblie par la désertion , pris entre deux armées. Incapable de résister à ces forces supérieures, il n’eut que le temps de laisser quelques garnisons dans les places fortes, évacua Milan, où s’étaient réunis dans la même impuissance les pères du concile de Pise , et se retira dans le Piémont.
L’armée de la sainte ligue détruisit sur ses pas l’œuvre de la domination française. Le duc d’Urbin rentra dans Bologne. Alphonse d’Este voyant ses États envahis, Modèneet Reggio prises, et Ferrare même défendue par le cardinal Hippolyte, son frère, vivement pressée, alla demander grâce au •pape et fut à peine protégé par un sauf-conduit. Maximilien Sforza rentra dans Milan , qui se souilla honteusement du sang des derniers Français restés dans ses murs; il fut réintégré dans son duché, à condition de reconnaître la suzeraineté de l’empereur, de céder au pape, comme ancien domaine de l’Église , Parme et Plaisance ; aux Vénitiens ce que les Français leur avaient pris, et aux Suisses Chiavenna et la Vàlteline. À Gènes, Giano Fregoso, envoyé par le pape, pénétra dans le port, chassa les Français, se lit proclamer doge, prit le fort de la Lanterne , et fit reconnaître par les alliés la république de Gènes (21 juin 1512).
Enfin la chute de la république de Florence fut la dernière conséquence de l’expulsion des Français. Raymond de Cardone voyait dans la Toscane une proie pour ses soldats; Jules II ne pardonnait pas à Soderini et aux Florentins d'avoir donné un asile au concile dans Pise. Les deux Médicis, Julien et Jean, frères de Pierre, tué en combattant les Français, offraient de bien payer leur restauration. Raymond de Cardone, à la tète de cinq mille piétons espagnols, marcha sur Florence. Le gonfalonier se défendit par des paroles plutôt qu’avec des armes et de l’argent ; l’Espagnol emporta Prato d’assaut et y fit le carnage le plus atroce.
Quelques jeunes gens riches et dissolus de la Société des Jardins de Kuccellat , profitant de la terreur répandue par cette nouvelle, s’emparèrent de la seigneurie , forcèrent Soderini à fuir, et ouvrirent les portes. Reçus d’abord comme citoyens , Julien et Jean agirent promptement comme maîtres, et créèrent une balie qui leur rendit le pouvoir échappé à leur famille depuis dix-huit ans (1er sept. 1512).
Jules 11 se laissa aller à toute l’exaltation du triomphe. II commanda à Michel-Ange un tombeau, monument véritable, où les statues de saint Paul et do Moïse lui paraissaient seules dignes de protéger ses cendres ; il se fit remettre par Bramante les plans de l’église Saint-Pierre, qui devait élever à deux cents pieds dans les airs le dôme du Panthéon d’Agrippa. Il se croyait en effet le vrai pape du moyen âge qu’il avait rêvé ; et rassuré par le triomphe de la sainte ligue, il voulait travailler maintenant à restaurer l’empire pour reconstituer entièrement la vieille société. Par un nouveau revirement politique, après avoir rendu à Maximilien la suzeraineté du Milanais, il lui promettait son concours pour enlever à Venise Padoue, Vicence, l’ancienne Marche impériale, et en revanche, il demandait et exigeait de lui l’expulsion des Espagnols du royaume de Naples.
Cet empire restauré, il ne ,1e craignait pas. 11 ne mettait point de scrupules à proclamer l’ancienne loi impériale, à déterrer , à ranimer ce vieux droit oublié depuis quatre siècles. Il pensait ne relever qu’un fantôme qu’il dominerait aisément, et l’Italie, écrivait-il à son frère le cardinal, allait enfin n’avoir qu’un seul maître, le pape, lorsqu’il mourut subitement (21 février 1513) à la suite de ses fatigues ; grand homme sous la tiare, s’il n’avait sacrifié souvent le pontife è l’Italien; l’Italien au souverain temporel, et s’il n’avait compliqué ses plans de chimères d’un autre âge, qui tournèrent au détriment du saint-siège et de l’Italie !
I.e pape Léon K et «on *lèclct Ma politique égoYntc et Imprudente; narignan; lettre*» et artM if 51.1-1 591).
« Autrefois , dit Machiavel en parlant du pouvoir temporel du saint-siège à l’époque où nous sommes arrivés, il