CHAPITRE XV
n’était si petit baron qui ne méprisât la puissance pontificale; aujourd’hui un roi de France a du respect pour elle. » Les cardinaux pour mettre le comble à la restauration pontificale commencée par Jules II, lui donnèrent pour successeur le maître de Florence, Jean de Médicis, qui prit le nom de Léon X (llmars 1513). C’était mettre entre les mains du nouveau pape tout le centre de l’Italie. Mais le fils du magnifique Laurent, l’élève adulé du philosophe Marcile Ficin et du poète Politien, n’avait ni la haute ambition ni la mâle énergie de son prédécesseur. 11 désirait plutôt enrichir sa famille qu’accroître la puissance du saintsiège , encourager les lettres et les arts que délivrer l’Italie et diriger la politique européenne. Les jeunes cardinaux avaient porté leurs voix sur lui dans l’espoir d’en obtenir de plus doux loisirs.
Léon X inaugura son règne en nommant cardinal son compagnon enjoué Bibbiena, qui lui avait fait oublier les douleurs de l’exil, et secrétaires le docte théologien Sadolet et le cicéronien Bembo, dont le culte pour l’antiquité latine touchait de près au paganisme. S’il continua la guerre et convoita les deux villes de Parme et de Plaisance, ce fut pour en faire un duché à son frère Julien et non pour les joindre au domaine pontifical.
Louis XII renvoyait La Trémouille en Italie et traitait pour la reprise du Milanais avec les Vénitiens, désireux de se venger du saint-siège après s’être relevés par son appui. Léon X resserra son alliance avec Maximilien , Henri Mil d’Angleterre et Ferdinand le Catholique à Malines. La Trémouille entra d’abord rapidement dans Alexa. .rie, Asti, Milan môme, tandis que le Vénitien l’Alviano occupa Raymond de Cardone ; et que derrière les Iran ais, Antoniotto Adorno chassa les Fregose de Gènes et se fit nommer doge. Quelques Suisses seuls tenaient encore dans Novare avec leur créature Maximilien Sforza. Mais de nouveaux montagnards au nombre de dix mille descendirent tout à coup des Alpes, livrèrent bataille à La Trémouille près de Novare, enlevèrent l’artillerie de front à travers une grêle de bo lets, abordèrent les Français l’épée à la main et les expulsèrent
avec perte de huit mille hommes (6 juin). Maximilien Sforza rentra dans Milan, les Frégose dans Gènes, Julien s’établit dans Parme et Plaisance.
Encouragé par le succès, Léon X parut suivre la politique de Jules II. 11 fit attaquer la France et jeta sur son alliée Venise l’empereur Maximilien et les Espagnols. Mais le but auquel il sacrifiait une puissance italienne fut bien moins élevé. Il voulait s’emparerpourdeuxautresneveux de Modène et Reggio; son frère, Julien, Laurent son neveu, fils de Pierre, étant pourvus définitivement de Florence. Le territoire vénitien fut de nouveau envahi comme au temps de la ligue de Cambrai : Raymond de Cardone conduisit son armée jusqu’au bord des lagunes, y brûla Mestre, Malghera, Fusine, et envoya des boulets jusque sur le couvent de San Secondo. Barthélemy d’Alviano fut obligé de s’enfermer dans Padoue, deux autres généraux dans Trévise et dans Crème; ils s’y maintinrent longtemps. Affligée cependant par un incendie qui consuma un de ses plus riches quartiers , abandonnée par Louis XII qui cédait en voyant les Allemands à Guinegate, les Espagnols dans la Guyenne, les Suisses dans la Bourgogne, Venise eût succombé peut-être à ce dernier ressentiment de la ligue de Cambrai , si François Ier, monte sur le trône (janvier 15 1 5), n’était venu la délivrer.
Le jeune roi s’était relevé en attirant dans son alliance le roi d’ Angleterre Henri VIII et le maître des Pays-Bas Charles d'Autriche, petit-fils de Maximilien. Léon X et ses alliés ordonnèrent aux Suisses et à quelques Espagnols, commandés par fyosper Colonna , d’occuper les passages du mont Cenis et du mont Genèvre, par où débouchaient ordinairement les armées de France. Leur étonnement fut grand lorsqu’ils apparent que François Ier s’était frayé une voie par d’impraticables passages, à travers le col d’Argentières, avait surpris Prosper Colonna à Villefranche et s’avançait par le marquisat de Saluces en Lombardie, à la tète de trente mille hommes. Cette invasion subite bouleversa tout leur plan de défense. Raymond de Cardone, surveillé sur l’Àdda et le Pô*oar Barthélemy d’Alviano, était coupé des Suisses. Ceux-ci seufs et obligés de se replier sur Milan n’étaient pas éloi-