CHAPITRE XV
gnés de traiter et se disposaient déjà à abandonner le Milanais pour soixante mille ducats. L’arrivée de vingt mille de ïeurs compatriotes leur rendit un instant courage. Excités par le cardinal Matthieu Schinner ils voulurent faire coup double, enlever l’argent qu’on leur conduisait à Buffaloro et attaquer l’arméé française campée à Marignan , entre Milan et Plaisance. Ils trouvèrent l’argent en sûreté et l’armée française rangée en bataille. Sans se déconcerter ils acceptèrent les conséquences de leur mauvaise foi et de leur rapacité.
C’était deux heures avant la nuit (13 septembre). Les Suisses se jetèrent comme à l’ordinaire , piques baissées sur l’artillerie que défendait le roi de France en personne ; elle fut plusieurs fois prise et reprise. Après avoir combattu pendant quatre heures à la clarté de la lune, les deux armées engagées l’une dans l’autre posèrent les armes de lassitude. François Ier passa la nuit sur l’affût d’un canon , le chevalier Bayard eut grand’peine à se dégager d’un groupe d’ennemis. Le lendemain les Suisses recommencèrent l’attaque avec un nouveau courage ; mais ils étaient partout repoussés, lorsqu’ils entendirent derrière eux le cri de San Marco des Vénitiens. Craignant d’être enfermés entre deux armées, ils reformèrent leurs bataillons et reprirent en bon ordre le chemin de leurs montagnes. Ils laissaient douze mille morts sur le champ de bataille.
La victoire de Marignan eut d’immenses résultats. François 1er entra dans Milan, reprit tout le Milanais dont le duc, Maximilien Sforza, fut envoyé en France, et recouvra Gènes dont le doge prit le titre de gouverneur pour la France. Le vainqueur dicta la paix à son gré et avec assez de modération. Les Suisses abandonnèrent tous leurs bailliages italiens dans les Alpes, reconnurent François Ier comme duc de Milan et firent avec lui un traité appelé paix: perpétuelle , par lequel ils s’engageaient à lui fournir, à lui et à ses successeurs, tous les soldats qu’ils pourraient solder. Le pape Léon X, selon son expression même, se jeta dans les bras du roi à Bologne , et renonça à Parme et à Plaisance, à la seule condition de faire ce qu’il voudrait dans la Romagne et la Marche pour ses parents. Maximilien lui-même, le dernier
à renoncer à ses prétentions comme le plus incapable de les faire valoir, adhéra aussi au traité et cessa les hostilités contre la république de Venise, qui recouvra son ancien territoire, moins Crémone et quelques petits territoires gardés par les Français.
Guéri d’une haute ambition qui n’était point à sa taille , Léon X retourna à sa politique de famille et à ses loisirs délicats.
Julien était mort en 1516; Laurent avait une position politique suffisante, dans Florence; mais Jules de Médicis et Hippolyte, autres neveux du pape, fils naturels des fameux Laurent et Julien, étaient encore à pourvoir. Le duc d’Urbin, seul grand feudataire encore indépendant, en fit les frais. Léon X l’attaqua à l’improviste , s’empara de ca capitale, de Pesaro, de Montefeltro, et le réduisit à se retirer à Mantoue avec son artillerie et sa bibliothèque. Quelques cardinaux se refusèrent à consacrer cet acte de népotisme ; l’un d’eux surtout, Alphonse Pétrucci, dont les deux frères avaientaussi été expulsés de Sienne parle pape, exprima plus haut son mécontentement, et forma peut-être avec quelques autres, Riario, Soderini, Sauli, le complot d’empoisonner Léon X. Le pape averti ou soupçonneux, attira Alphonse Pétrucci à Rome avec un sauf-conduit , le fit arrêter avec ses complices et juger. Des scènes violentes eurent lieu au sein du consistoire pour obtenir la dégradation de cinq cardinaux, qui furent soumis à la torture; Alphonse Pétrucci , malgré les prières de ses collègues, fut condamné à mort et étranglé , les autres jetés en prison ou taxés à des amendes énormes. Mais la résistance que Léon X rencontra fut telle que , pour forcer la main à son conseil et peut-être aussi refaire ses finances épuisées, il créa en une fois trente et un cardinaux qui ne lui marchandèrent pas la nomination de son neveu au duché d’Urbin.
Le dévouement de Léon X à la cause de la renaissance couvrit ces violences. La littérature et les arts ne pouvaient plus guère fleurir qu’au pied du Vatican. Les guerres du Milanais et de Naples, les révolutions de Florence , les violentes catastrophes d’Urbin, la cour de Ferrare entre l’am-