‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 190 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

bition française et l’ambition pontificale , Venise enfin ruinée sur terre par la ligue de Cambrai , sur mer par l’arrivée des Portugais aux Indes, ne laissaient plus un asile aux études et aux travaux de la paix. Léon X s’efforça de réunir à Rome, comme en un faisceau , les savants, les lettrés, les artistes, et mit à leur disposition toutes les ressources et tous les encouragements. C était assez que le vainqueur de Marignan eût emmené en France, comme un trophée, Léonard de Vinci , le Primatice et le poète Alamanni , qui trouvait « la France plus amie des enfants des autres pays que l’Italie des siens propres : »

« E il buon Gallo.... ch’ io trovo amico

Più de’ ligli d’ allrui che tu de’ tuoi. »

Sous la protection du pape, Lascaris et Marc Musuro avec dix jeunes Hellènes , fondèrent , à Rome , un collège et une imprimerie pour l’enseignement et la propagation de la littérature grecque. L’université latine, relevée, compta plus de cent professeurs des plus remarquables de toute l’Italie, théologiens, philosophes, linguistes, poètes, grammairiens. Béroalde le jeune , mis à la tète de la bibliothèque vaticane , puisa largement dans le trésor pontifical, et rassembla le's plus rares manuscrits.

Celui qui eut la gloire de donner son nom à son siècle ne fit cependant que réveiller ce goût pour l’érudition antique ■qui transforma trop souvent la littérature en un art d’imitation servile; qu’encourager ces productions admirables dans la forme , mais au fond superficielles et frivoles qui signalent une époque de faiblesse morale. Dans les innom brables exemplaires des originaux anciens, on apprit à connaître le véritable Aristote. On secoua , grâce à la lecture de Platon édité à Venise, l’autorité de l’oracle du moyen âge; maison ne créa point une philosophie. On emprunta des historiens anciens l’art de grouper les faits, et de les couper par des discours de convention à la manière de Tite Live ; l’Italie ne trouva ni son Hérodote ni son Tacite. On découvrit la géographie dans Ptolémée , la botanique dans Dioscoride, la médecine dans Galien et dans Hippocrate; ces sciences

nouvelles invasions des barbares. 365

ne firent aucun progrès. On s’ingénia surtout à jeter l’inspiration poétique dans le moule antique, mais il n’y eut point d’élan spontané, point d’indépendance, point d’originalité; tout au plus ces qualités se firent-elles jour dans des œuvres comiques et légères qui contrastaient avec la gravité des circonstances; rien ne naquit, comme au temps de Dante, des profondeurs du génie et de la nationalité de l’Italie.

Le cicéronien Bembo, le grand prêtre de ce culte pour l’antiquité païenne, le favori de Léon X, plus tard cardinal sous Paul 111 , réduisit lui-même en préceptes et en théorie ce penchant pour l’imitation. L’homme, selon lui, ne pouvait plus créer , il était réduit maintenant à calquer ses devanciers ; et il prétendait avoir trouvé , dans une phrase de Cicéron, le secret de communiquer aux lettres la seule vie qui leur fût encore permise. Aussi , en philosophie, un prétendu aristotélicien, Pierre Pomponazzo, qui donnait le ton aux philosophes , agitait la question de savoir si l’Ame immatérielle et immortelle était unique dans tous les hommes, ou bien si elle était simple dans chacun; en histoire, Paul Jove, qui commençait déjà à écrire, se préoccupait plus de calquer la manière de Tite Live que de présenter le tableau véritable de son temps et de laisser une leçon à la postérité.

Dans l’épopée , le poète virgilien Vida , qui avait charmé Léon X et ses contemporains par son poème didactique sur les échecs , resta dans la Christiade où il voulait célébrer la rénovation du monde par la foi , au-dessous de ce qu’il avait été en célébrant un jeu en vogue. Le Trissin manqua d’inspiration dans son poème de i Italie délivrée, qui pouvait offrir alors tant d’intérêt , et il put s’écrier avec douleur : « Maudit soit le jour et l’heure où je pris la plume et n’ai pas chanté Roland : »

« Sia maladetta l’ ora e il giorno quando

Presi la penna, e non cantai d’ Orlando ! »

Roland ! tel était le seul héros qui suscitât encore les vrais poètes. L’année même où le roi-héros, qui se faisait armer chevalier par Bayard, gagnait, aux dépens de l’Italie, la bataille de Marignan , l’Arioste publiait ce chef-d’œuvre d’i-

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