chapitre XV
Capitole, s’était rarement montré aussi légèrement cruel que le souverain pontife.
Le goût de Léon X dans les arts ne serait pas non plus à l’abri de tout reproche, si sa main n’avait eu un bonheur inouï. 11 négligeait Michel-Ange, l’artiste préféré de Jules II, soit qu’il ne comprît point ce génie original et terrible, soit qu’il ne pût souffrir en lui le républicain de Florence. 11 negoûtait pas le vénérable et consciencieux Léonard de Vinci. Toutes ses faveurs furent pour le jeune peintre d’Urbin, Raphaël, que Bramante avait déjà présenté à Jules II. Encore le méconnut-il d’abord, en le chargeant de continuer l’église Saint- Pierre. La décoration des salles du Vatican, confiée au fils de l’école religieuse de l’Ombrie, perfectionné par l’étude des contours de l’école florentine , permit enfin au grand artiste de s’immortaliser par ses chefs-d’œuvre de la Transfiguration, de ladisputedu Saint Sacrement etde /’ École d' Athènes.
Léon X était né dans un temps de luttes religieuses et politiques qui n’était point fait pour son génie sceptique et délicat. Au fond de l’Allemagne, le moine augustin Martin Luther (1517) commençait à attaquer la suprématie pontificale et à saper les bases de l’unité catholique ; et les peuples las des intolérables abus qu’on n’était jamais parvenu à réformer dans l’Église , peu édifiés par la cour de Rome , cynique avec Alexandre VI , belliqueuse avec Jules II, païenne avec Léon X, commençaient à se précipiter vers ces nouveautés. Léon ne voyant là qu’une querelle de moines , n’y prit pas garde d’abord, il ne s’intéressait qu’aux discussions des savants. En 1519, pour comble d’embarras, Charles , roi d’Espagne , de Naples, et maître des Pays-Bas, était élu empereur d’Allemagne. S’il menaçait l’Europe, il menaçait plus encore l’Italie. Jules II avait rêvé de relever la papauté du moyen âge ; et voici que l’empire se relevait , comme au temps des Hohenstaulfen , menaçant l'indépendance du saint-siège et de la péninsule , par ses prétentions sur le Milanais et par la possession même de Naples. La tâche du vainqueur des hérétiques d’Albi , de l’adversaire de Frédéric II, la mission du grand Innocent III incombait à l’hôte amolli des jardins de Malliana.
Machiavel comprit la grandeur du danger; il essaya d’arracher le pape à ses longs entretiens, aux doux loisirs de la chasse et de la pêche. « 11 faut, lui dit-il, montrer à l’Italie son rédempteur. Avec quel amour, avec quelle soif de vengeance il sera accueilli par toutes ces provinces qui ont tant souffert de l’inondation étrangère? Quel peuple lui déniera l’obéissance , quel Italien lui refusera l’hommage ? Ce barbare empire est à tous odieux , c’est le moment de prendre une résolution courageuse. » Léon X, après avoir traité trop légèrement l’affaire de Luther, en fut effrayé outre mesure. Au moment où il fallait se garder de l’emj>ereur , il se jeta dans ses bras. D’abord il s’était opposé de toutes ses forces à une candidature dont le succès était si dangereux pour le saint-siège et l’Italie. Charles-Quint élu , . il suspendit la vieille loi qui interdisait le cumul de la couronne impériale et du trône de Naples, pour obtenir la condamnation de Luther à Worms ; et il s’allia même avec le nouvel empereur-roi pour chasser les Français du Milanais et y ramener un Sforza. Il livrait l’indépendance de l’Italie pour sauver l’unité de l’Église. Faux calcul ! L’empereur était politiquement intéressé au maintien de la «oi ; et s’il était impuissant à étouffer un schisme que le pape eût plutôt conjuré par d’opportunes concessions, l’Italie devenait à coup sûr esclave , et le saint-siège dépendant , sans aucune compensation. Jules II n’avait voulu relever qu’un fantôme dans Maximilien , Léon X rendit à l’Italie un maître dans Charles-Quint.
Satisfait de la promesse de Parme et de Plaisance pour prix de sa coopération, se réservant le chimérique espoir de chasser Charles-Quint lui-même, après avoir chassé avec lui les Français, le pape prépara avec la plus grande activité cette guerre si funeste à l’Italie. Il fomenta lui-même un soulèvement parmi les Milanais, assez mécontents du gouvernement de Lautrec ; Jules de Médicis, maître alors de Florence, attaqua Gènes ; le marquis de Pcscaire et Prosper Colonna à la tête d’une armée composée d’Italiens, d’Espagnols, d’Allemands et de Suisses, entrèrent sur le territoire de Parme , tandis que le vieil ennemi des Français , le cardinal