‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 193 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

de Sion Matthieu Schinner , à la tête des Suisses , descendit les Alpes. Abandonné de François I" que Charles-Quint occupait sur le Rhin et les Pyrénées, n’ayant pas l’argent nécessaire pour solder ses Suisses, secondé seulement de Venise et du duc de Ferrare, le gouverneur du Milanais, Lautrec, perdit Parme, la ligne de l’Adda, et fut un matin, le 19 novembre, surpris en trahison dans Milan par l’armée ennemie. 1) n’eut que le temps de s’échapper sur le territoire vénitien, et laissa la capitale du Milanais, Lodi, Pavie, Plaisance et Parme au pouvoir des armées du pape et de l’emp* reur. Léon X mourut (1er décembre) au milieu de la joie d’un triomphe qui devait coûter si cher à l’Italie.

Adrien VI, bataille de la Bicoque (IStl-lStS).

Cette mort porta un nouveau coup à l’Italie. Les cardinaux » Médicis et Schinner, s’étant éloignés de l’armée, Colonna avec les Espagnols continua la lutte au nom seulement et au profit de l’empereur-roi son maître. Le conclave lui-même , sous le coup de conspirations formées à Florence, à Urbin et à Pérouse, poussa à l’excès la politique de Léon X, et éleva au pontificat Adrien d’Utrecht, l’ancien précepteur de Charles-Quint (janvier 15*22). Adrien VI, d’origine flamande ' et absolument étranger à l’Italie, était, par la gravité de son esprit et l’austérité de ses mœurs, la critique vivante de LéonX, mais ce choix était en même temps comme la sanction de la politique du dernier pontife.

Pendant l’absence du pape, encore à Utrecht au moment de son élection, Prosper Colonna, malgré Ja rentrée du duc de Ferrare dans sa capitale et de Lautrec dans le Milanais, tint bon dans la position de la Bicoque, où il s’était fortifié.

Les Suisses de Lautrec lui firent bientôt l’occasion belle en demandant impérieusement à leur général , argent , congé ou bataille. Lautrec les conduisit (mai 1522) sur la Bicoque. Arrivés en face de l’ennemi, ils attendirent à peine que toute l’armée fût en ligne, se précipitèrent pour enlever l’artillerie espagnole par un chemin creux, où ils furent broyés sans pouvoir se défendre et essuyèrent une défaite complète. Lautrec ne pouvant plus tenir la campagne re-

passa en France. Les dernières villes qui étaient au pouvoir des Français, se rendirent aux impériaux. Prosper Colonna * s’avança même sur Gènes pour renverser le doge Octavien Fregoso, chef du parti français, surprit la ville (30 mai), la livra au pillage, et y établit pour doge Antoniotto Adorno. L’Italie put juger les bénéfices de cette guerre, que Léon X croyait avoir entreprise pour son salut, et que sa mort avait laissée à la charge des Espagnols.

Prosper Colonna fit bientôt sentir que lui seul avait vaincu: le commerce de la riche ville de Gènes fut frappé pour longtemps; un descendant des Sforza, François, fut ramenédans le duché de Milan , mais sans en recevoir l’investiture; instrument de Prosper Colonna, il ne put même protéger ses sujets contre les exactions et les pilleries des chefs et des soldats répandus dans son duché. Prosper Colonna n’écouta ses plaintes que lorsque le Milanais ruiné ne put plus nourrir ses troupes , et il passa alors dans les États de l’Église, où il permit à ses soldats les mêmes excès. On réclama ; le vice- roi de Naples, Lannoy, frappa des taxes sur tous les États, pour l’entretien des troupes espagnoles et impériales : vingt mille ducats par mois sur le duché de Milan, quinze mille sur Florence, huit mille sur Gènes, cinq mille sur Sienne, quatre mille sur Lucques. Les Espagnols faisaient payer à l’Italie le prix de son asservissement.

Adrien VI n’était pas homme à remédier à ces maux. Ce pape intègre faisait passer le pontife avant le souverain. Dès son arrivée, il rendit ses domaines au duc de Ferrare, moins Modène et Reggiô, son duché d’Urbin à François de la Rovère, et tenta de faire la paix entre les deux rivaux, pour tourner leurs armes contre les Turcs, qui venaient de prendre Rhodes, et travailler à la réforme de la cour pontificale et de l’Église. Les Italiens prirent son abnégation politique pour de la trahison, son zèle religieux pour de l’envie, son austérité même pour de la barbarie. Ils crurent voir l’étranger en personne intronisé dans le sanctuaire même defltaiie, et ils ne l’appelèrent plus que le pontife barbare, il barbaro ponfeftce.

Persuadé bientôt par la pratique des affaires que le pon-

Page 1